15 août 2011 2h07 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Sur le rythme
Pour un Step Up québécois, Sur le rythme fait admirablement bien le boulot arrivant avec maîtrise à transposer tous les éléments qu'on s'attend à y retrouver, de la passion au scénario approximatif.
Avouons-le, l'histoire du film ne transcende rien et ne provoquera aucun grand cri du coeur. Si elle n'est pas banale, elle est loin d'être audacieuse ou quoique ce soit s'y reliant. Pourtant, ce qu'elle met en vedette est surprenament tout le contraire et arrive sans mal à nous aider à capter notre intérêt avec attention et à vouloir la conserver bien plus longtemps qu'on se l'était tenu pour dit en se dirigeant dans la salle.
Du coup, non seulement y a-t-il de la danse, mais celle-ci est savemment bien exécutée et elle est filmé avec brio par un Charles-Olivier Michaud qui chasse du revers de la main son regard inexpérimenté d'un tel sujet (il offrait précédemment le drame de guerre Snow & Ashes) pour profiter d'une approche qui s'avère gagnante sur pratiquement tous les fronts. Tout comme son titre l'indique donc, le film en est un de feeling et de sensations et tout est mis en oeuvre pour qu'on en ressente la plus grande part possible.
Ainsi, bravo à Nico Archambault et sa femme qui ont pris en charge avec diversité les chorégraphies pour offrir quelque chose qui sait pratiquement toujours garder en haleine. Pour le reste, leur sélection de danseurs québécois expérimentés, mais dont on parle peu (milieu qui fait finalement peu jaser que celui de la danse quand on y repense) est judicieuse. On y trouve des danseurs jeunes, talentueux et surtout fort diversifié en genre et en style. On ne voulait pas d'un mariage entre deux univers précis du domaine de la danse, mais bien entrer en collision totale avec le milieu en entier.
De ce fait, si le film en est un de choix, il a à plus d'un moment fait les bons. Nico Archambault, dans un rôle assez libre pour lui laisser toute l'imagination nécessaire pour improviser à sa guise, jouit d'une complicité indéniable avec Mylène St-Sauveur qui rayonne entièrement dans ce rôle qui semble lui avoir été écrit spécialement. Cette façon pétillante de la voir se libérer du poids du monde par un rêve aussi fou que la danse en soi se montre bien plus gagnant que son détour psychotique lors de son précédent 5150, rue des Ormes. Et soyons francs, on pouvait difficilement espérer un duo aussi charmant pour agir à titre de protagonistes puisqu'on réalise rapidement que leur séduction agira sur nous et que malgré les faiblesses, on sera toujours prêt à leur donner de nombreuses autres chances.
Oeuvre imparfaite donc, les failles se trouvent évidemment dans le scénario. Celui-ci est trop approximatif et coupe rapidement les coins ronds en plus de se donner un peu trop d'ambition. On regrette la présence et non-présence trop inégale des personnages secondaires qui amplifient les longueurs et la tendance trop forte pour la dramatique que le film mène de l'avant. Les "méchants" parents, bien que sous la tutelle de Marina Orsini (la nouvelle maman du Québec? Bien qu'à l'opposé d'À vos marques party?) et de Paul Doucet, sont trop unidimensionnels pour véritablement convaincre alors que le personnage de la grand-mère endeuillé, sorte de mélange de Jeanne Moreau dans Roméo et Juliette et Cornemuse ou on ne sait trop quoi, cumule beaucoup trop les rires tellement c'est trop appuyé.
Il faut dire que les dialogues n'aident pas. On les sent autant forcés que sans véritable naturel, alors qu'ils réagissent à des situations qu'on sent plaqué d'avance. De plus, tout comme c'était interdit de faire de la poésie avec des ballons fabriqués à l'aide de condoms dans À vos marque party!, c'est également interdit de laisser le personnage de France Castel lancer avec bonhomie un: "Si ça avait pas été de ta meilleure amie, tu lui aurais sauté d'ssus et vous auriez fait schwing schwing!"
En plus, le dilemme entre micro-bio et la danse n'a pas toujours l'impact espéré, tout comme l'infidélité du père, l’ambiguïté par rapport à sa meilleure amie ou le drame entourant la grand-mère qui souffre de solitude. Il faut également reconsidérer certains questionnements comme combien de temps cela prend-t-il pour obtenir une pierre tombale..
Mais bon, admettons qu'il est facile de faire abstraction de ces méfaits (tout comme de la finale qui réserve une surprise qui a droit à son ultime fou rire), même s'ils prennent un peu trop d'ampleur dans le film à notre goût, et de principalement se concentrer sur les bons coups. Ainsi, on lève notre chapeau pour avoir fait de l'ensemble quelque chose de typiquement québécois. Certes, c'est urbain, c'est jeune, aussi branché qu'avec la pure vibe de la rue, on retrouve le "repère" des danseurs tout comme le contexte de compétition et pourtant, si on reconnaît les inspirations, jamais on n'a envie de crier à la copie ou à l'imposture. Et la mouvance du film nous injecte avec aussi avec assurance dans ses balbutiements, même si parfois la vitesse de l'obturateur semble ne pas coïncider avec l'objet en mouvement, à défaut d'obtenir une luminosité qui attire le regard. (En d'autres mots le film est très beau visuellement). Même la trame sonore si elle évoque ce qu'on peut certainement entendre à la radio ou dans les clubs, vit de sa propre existence sans enchaîner de manière abasourdissante des hits qu'on est déjà écoeuré d'avoir entendu mille fois.
Le fait est que Michaud est un virtuose de la métamorphose. Celui qui désire changer constamment au fil de sa carrière prouve ici sans peine que les qualités qu'on avait ciblé lors de son impressionnante première proposition n'étaient pas des coups de chance. Non seulement a-t-il l'oeil pour l'innovation et pour être en avance sur son temps (il a mis le doigt sur l'intérêt des photographes de guerre avant qu'Hollywood ne s'en empare et il a abordé la danse d'un oeil intimiste en parallèle au travail de Aronofsky), mais en plus, il sait capter une ambiance et s'en emparer. La manière dont il capture la ville de Montréal détonne et d'un film qui aurait pu être très "ramdamien" ou même "plateau" surprend par sa manière d'être ultimement urbain. D'accord, la voiture rétro se rangera du côté Grease ou Footloose de la production qui sera heureusement peu présent (le métro aurait bien fait l'affaire), mais l'ingéniosité de se promener dans les racoins, de déambuler dans les quartiers chinois, de ne pas prétendre être trop glamour et branché à la "Beastly" (le Moomba, c'est le Moomba, point à la ligne!), l'aide à collaborer à la sincérité principale du film qui agit certainement comme son charme premier. (On reconnaît également bien sa signature lorsqu'on sera de manière plutôt mystifiante à "New York").
Enfin, Sur le rythme n'est peut-être pas nécessairement un bon film en tant que tel, mais pour le mandat auquel il a été confié, il répond de façon fort satisfaisante aux exigences. Parce qu'il est sympathique et nous met en bouche un sourire qu'on n'est pas vraiment capable de se retirer du visage, on ne peut qu'être impressionné par la maîtrise qui se fait sentir autant devant que derrière la caméra. En plus, de ne pas verser dans la caricature adolescente (à défaut du monde adulte qu'on semble moins bien être en mesure de définir), mais bien de se situer à mi-chemin entre, rend le film plus global et universel et beaucoup plus juste en mettant sur pieds de réels enjeux que l'on retrouve à la croisée des chemins pour les jeunes adultes. Mais bon, entre le fait de dire si quelque chose est bon ou mauvais, terminons quand même sur peut-être la citation la plus juste de tout le film: "C'est un peu plus compliqué que ça".
Encore une fois, très bien dit et surtout, très bien écrit.
Bravo !