12 août 2011 4h14 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Glee: The 3D Concert Movie
Personne n'avait vraiment fait attention quand ils avaient fait leur
apparition et avec raison, puisque quoi de plus inoffensif qu'une bande
de jeunes losers (pour reprendre leur terme et leur signe) qui expriment
leurs émotions en chantant et dansant? Seulement, la méfiance aurait du
être de mise puisque ce qui s'est présenté comme un petit
divertissement anodin est rapidement devenu incontrôlable et envahit
désormais l'univers entiers par une force qui dépasse toutes autres:
celle collective des négligés.
On transcende alors la vague High School Musical (qui s'en tenait aux
jeunes) ou Twilight (les filles) et on va aussi loin en terme de
dépassement (pas de soi..) que Justin Bieber qui côtoie de son côté les
plus imposants (Kanye West quand même!). Du coup, ce "concert filmé en
3D" cherche à offrir bien plus, mais pas pour les fans dans le sens de
cadeau, mais bien pour virer le tout en un miroir aussi révélateur que
terrifiant sur ce qui entoure le phénomène. Documentaire, éléments de
foire? À vous de décider, mais s'il y a bien beaucoup d'extraits dudit
concert, finalement, on ne semble pas trop être là pour ça.
Faut dire que le spectacle en soi est peu épatant. La mise en scène
est inexistante, même si on fait faire quelques pas à gauche à droite,
qu'on a un stage qui a le plancher qui s'illumine et des projections
dans le fond, mais décidément rien qui ferait frissonner Madonna. (Ok,
c'était pas le but, mais ça aurait pu être plus intéressant, non?) Ah
oui et je n'ai pas mentionné quelques effets pyrotechniques et jets de
fumée..
Du coup, bien que les fans s'exciteront à la moindre binette
apparaissante d'un des nombreux personnages qu'ils idolâtrent
(pratiquement tous présents pour l'occasion), en plus de réentendre
leurs "classiques" "regleeké" pour l'occasion qu'ils ont fait tourner à
l'usure dans leur lecteur qui les pousseront à se déhancher et à
fredonner pour ne pas dire chanter, ils auront surtout le coeur ramolli
par les vignettes témoignages qui engloutiront l'ensemble.
De tous les fans qu'on nous mettra tout du long, lançant des
révélations tous plus abasourdissantes les unes des autres (tout comme
"leur favori"..), on en aura donc fait une sélection de trois cas qui
méritent d'être entendu, du moins, selon ce qu'on en aura décidé. Regard
porté donc sans jugement sur une naine qui fait du cheerleading qui
rêvait à son prince charmant et aux grands honneurs à sa graduation, un
homosexuel qui cherchait à s'émanciper et une jeune femme atteinte du
syndrome d'asperger.
Non pas qu'on aie quoique ce soit avec cette décision, mais on
regrette un peu la tournure que ça a pris. Si la sincérité l'emporte sur
ces histoires, on sent beaucoup trop les fils d'une manipulation
évidente pour faire tomber les spectateurs dans le panneau et se laisser
toucher par quelque chose qui va au-delà du charme évident des
intervenants. L'insistance de la musique et les séquences reconstitués
tourne un peu le tout en ridicule, évoquant les téléfilms fait vécu qui
jouent l'après-midi et l'insistance prôné pour justifier que tous ces
changements sont du en principe par Glee, phénomène qui n'a même pas 3
ans d'existence, fait franchement sourciller.
Ensuite, plus ça avance, ça en devient notamment plus troublant en
réalisant la sélection des chansons qui finissent tous par scander des
messages gros comme le bras sur l'importance de s'accepter non seulement
soi-même mais également les uns et les autres, en plus de s'efforcer de
poursuivre ses rêves les plus fous. On comprends qu'on reprend en
partie des "séquences célèbres" de la télésérie, mais hors contexte, ça
perd décidément de son efficacité, le segment "Born this way" est
décidément trop poussé.. Tout comme le fait que même si on lui donne son
instant de gloire et que tout le monde sait que Kevin McHale n'est pas
vraiment handicapé, on s'entête à rendre le tout plus embarrassant que
ça ne devrait l'être..
Par contre, on respecte le fait que le répertoire de Glee ratisse
large puisqu'on fait dans tous les styles, tous les genres, toutes les
époques (même si ça sonne toute pareil..). On aime que cela ouvre les
jeunes esprits à beaucoup de musique pop au risque de mener un jour à
faire croire à tout le monde que tout ce qui s'est fait en musique
provient de Glee..
Ajoutez également à tout cela quelques moments "cocasses" dans les
coulisses où étonnamment les vedettes les plus grosses de la télésérie
seront pratiquement peu présentes (tu ne tiens pas à tes fans Cory
Monteith?) On n'aurait pas dit non également à des capsules des
vétérans, comme Jane Lynch, l'âme la plus grosse de la série..
Il y aura également des moments détonants comme des détours par le
rap et un discutable segment où l'émule de Britney interprètera "I'm a
Slave 4 U" dans une tenue aussi suggestive que la chorégraphie en soi
(le public cible c'était qui déjà?). On se désolera également pour
l'apparition inutile de Gwyneth Paltrow (Kristin Chenoweth, ça ne vous
tentait pas?) qui a décidé récemment qu'elle avait des capacités de
chanteuse (ce qui n'est pas le cas, on ne se remet toujours du cas
ronflant Country Strong..) entonnant avec trop d'enthousiasme pour le
résultat une reprise désastreuse de Fuck You en version censurée (ah ok,
les suggestions sexuelles avec Britney ça marche, mais le mot "Fuck" et
le mot "Shit" ça va trop loin! D'accord..).
Enfin, si on tappera du pied à plusieurs reprise et qu'on ne restera
pas insensible lorsque tous se réuniront une dernière fois pour entonner
leur hymne "Loser like me" (ça en dit long..), nouvelle chanson-phare
qui a déclassé le "Don't stop believing" qui nous a été balancé dès le
départ, on sera heureux que le tout n'est pas duré plus longtemps. On
acceptera la portée planétaire du phénomène et on prendra ainsi le tout
comme il nous aura été offert: un manifeste flagrant à ne pas seulement
inciter, mais à forcer tout un chacun à s'accepter les uns les autres et
surtout, à glorifier les minorités visibles. (Il faut quand même
admettre que le phénomène marque un pas dans la consommation dérivée
alors qu'on a fait une tournée musicale d'une série télévisée fictive,
on ne parle pas de télé-réalité, qui ne fait que reprendre des chansons
existantes.. WOW! Quand même quand on y repense!)
Pour le reste, inutile de dire que les fans n'auront rien à dire,
rien à reprocher, ils n'y verront que du feu, le tout n'a de toute façon
été fait que pour eux. Le coût du billet nécessitant des frais
supplémentaires pour un 3D complètement inutile -invisible même- en
extra.. Oh, joie! Si ça c'est pas de la charité pour les fans!