Le déserteur: se sacrificier au nom des siens

10 mars 2010 16h33 · Jimmy Chartrand

À propos l'article Voir Déserteur (Le)

Visuellement, Le déserteur est probablement un des plus beaux films québécois qui s'est fait alors qu'on y trouve des teintes autant à la Atonement de Joe Wright qu'à Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. Toutefois, son histoire se mêle à temps d'autres ce, même si on le situe dans un historique bien de chez nous, qu'on en ressort pas autant marqué qu'on l'aurait souhaité.

 C'est la seconde Guerre Mondiale et le jeune Georges Guénette finit par déserter l'armer en préférant aider et soutenir les siens plutôt que sa patrie. Il finit par en mourir suite à une interminable chasse à l'homme entre lui et les gendarmes. Pourtant, le film raconte à peine cette histoire en préférant s'attarder à des degrés plus élevés, alors que s'emmêlent entre eux un nombre marqué de sous-histoires à importance plus ou moins égale, mais à la fluidité honorable.

Pour aider à développer et élaborer ce mystère de haut calibre, on remercie le scénario et la réalisation soignée du jeune Simon Lavoie qui prend son temps pour établir l'ambiance, l'atmosphère, le climat, mais également les diverses tensions et enjeux de son long-métrage à travers une direction artistique d'une belle beauté sachant autant magnifier les étés que les hivers campagnards québécois dans une reconstitution d'époque recherchée autant dans les décors que l'attention aux objets et aux costumes. On doit également mettre en cause les excellentes performances de la distribution, autant dans les rôles majoritaires que secondaires où brillent les nombreux Émile Proulx-Cloutier, Raymond Cloutier, Danielle Proulx, Viviane Audet, Benoît Gouin, Sébastien Delorme, Gilles Renaud et j'en passe.

Cependant, la structure narrative choisie pour être volontaire floues pour mieux épaissir les secrets jusqu'aux dévoilements finaux qu'on souhaite hautement révélateurs se mêlent à de nombreux autres films plus ou moins gagnants qu'on fait à répétition chez nos confrères hollywoodiens.

On ne réinvente pas de recette ici et on passe sans honte du passé au présent dans un enchaînement incessant de petites scènes qui ont des airs de capsules historiques, mais qui finissent tous par se lier entre eux vers une compréhension qu'on souhaite autant totale que générale, tout autant qu'un peu dévastatrice pour venir chercher la pointe juste d'émotion.

Bercé par une envoûtante trame musicale, le film s'entoure de textes qui mettent en contexte le début, mais également la fin de ce petit regard historique sur un passé qu'on doit souvent avouer comme étant oublié, étant de nos jours trop souvent éloignés des actualités reliés à la guerre.

Face à tout cela, on aurait préféré que le film se penche de façon beaucoup plus linéaire à la situation qu'il s'approprie peu à peu, sans s'entêter à y chercher à tout prix un sentiment de mystère, mais également de "chute incroyable", puisque devant une telle maîtrise de tous les aspects du film historique, on aurait atteint une cible beaucoup plus juste et du coup, plus mémorable.

Malgré tout, devant des longueurs d'une si grande beauté auxquelles on succombe facilement, on ne peut cacher qu'on a droit à un beau film québécois aux qualités nombreuses qui n'a pas eu la visibilité qu'il aurait mérité. On atteindra ainsi avec beaucoup d'espoir le prochain film de Simon Lavoie, en gardant l'oeil grandement ouvert sur ses projets à en devenir.

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