3 mars 2010 22h37 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Messenger (The)
The Messenger est un film de guerre comme je les aime puisqu'il s'attarde beaucoup plus sur les conséquences psychologiques qui s'ensuivent que sur l'action ayant lieu sur le terrain. Oui, un film de performances, certes, mais qui s'avère ô combien efficace.
Le film prend rapidement son ton alors que le sergent William Montgomery se réveille en salle d'opération, reprenant peu à peu conscience de la vie, mais également de ce monde plutôt calme et morne dans lequel il devra réapprendre à vivre loin du stress façon "The Hurt Locker" comme on s'en doute. Encore apte, il sera confié à une nouvelle mission: être responsable d'annoncer aux familles la mort de leur proche au front.
Dès lors, le récit touche un angle franchement intéressant en mettant à l'avant-plan un côté méconnu d'un des nombreux sous-aspects de la guerre. On est loin et pas tant du fameux clichés à la "Brothers" et autre mélodrame sur fond de guerre où l'épouse rapidement éplorée reçoit la visite d'un homme en uniforme qui lui annonce sans la pointe d'émotion la mort de l'amour de sa vie, détruisant du tout coup chaque parcelle de son univers.
Magnifiquement construit de bout en bout (à cela on félicite Oren Moverman, co-scénariste du fabuleux I'm Not There notamment), on ne manque pas d'illustrer sous toutes ses formes la vulnérabilité de tous ces gens impliqués de près ou de loin à la guerre. Que ce soit du soldat qui vient tout juste d'en sortir à celui qui peine à en effacer les souvenirs, jusqu'aux différents membres familiaux qui affrontent avec dureté le deuil et la tristesse. À travers toutes ces situations qui ont toutes un petit quelque chose à offrir et un "twist" souvent fortement intéressant, on y tisse une légère intrigue amoureuse qui, si elle semble mal tombée en terme de "timing" quant à la vie, montre également que parfois, on doit faire avec ce qu'il y a et profiter du mieux qu'on peut du hasard et qu'ainsi, pour s'en sortir, il n'y a rien de mieux que de se soutenir mutuellement dans nos traumatismes.
En ce sens, le film mise avec justesse sur ses dialogues, magnifiquement orchestrés entre divers silences et cette subtile trame sonore de peu de notes et de grande simplicité qui magnifie l'ambiance générale, mais également sur ses excellents interprètes qui livrent avec une dureté et un réalisme poignant cette réalité brutale, alors qu'on ne se gène pas pour offrir de longs plans -quasi- séquence qui amplifient à souhait l'effet escompté et que l'émotion nous sort profondément des tripes.
Si Woody Harrelson détonne par sa nuance de jeu entre l'être froid qui fait son boulot et l'homme grandement affecté par de troublants événements, ce qui lui vaut par ailleurs une nomination aux oscars, on ne peut cacher la justesse du toujours excellent Ben Foster (Six Feet Under, 3:10 to Yuma), qui offre un penchant humaniste profondément important quant aux troublants questionnements visant l'attitude à aborder face à un tel travail, mais également de l'aussi touchante que d'habitude Samantha Morton (Control, Elizabeth: The Golden Age, Synecdoche, New York), en femme vite jugée par son manque d'émotions face à sa situation de veuve qui cherche à s'en sortir sans trop de séquelles, et du grandiose Steve Buscemi qui ne déçoit toujours pas dans ce rôle de père dépassé par les événements.
En somme, un film minimaliste qui n'en fait pas des tonnes en préférant exposer les situations avec réalisme pour mieux venir chercher les émotions nécessaires, mais également la compréhension attendue. Un film juste et profondément sincère qui dépeint un univers auquel on ne porte pas toujours l'attention nécessaire ou qu'on le confine trop facilement dans des cadres beaucoup trop superficiel. Grandement touchant, sans pour autant en être trop affectant, compte tenu d'une certaine légèreté qui empêche de nous couler dans les abysses dans lequel le film semble souvent s'enfouir, sans véritablement s'en sortir.