Michael Jackson’s This is it: le roi de son monde

3 mars 2010 2h23 · Jimmy Chartrand

À propos l'article Voir Michael Jackson's This Is It

 Peut-être que c'est moi qui est condescendant quant au fait d'en avoir trop entendu parler et d'avoir l'impression qu'il ne mourra jamais à force de l'entendre à répétition partout et nulpart à la fois, du moins, découlant d'un abus poussé depuis sa mort en juin dernier, mais au final, ce documentaire grandement encensé a tout fait sauf m'enflammer.

Réalisé par Kenny Ortega, à qui l'ont doit avec plus ou moins de bonheur tous les High School Musical de ce monde, on a l'impression de ne pas découvrir grand chose et de ne pas être témoins de grands choses non plus.

Fais clairement à la va-vite pour profiter du buzz médiatique et populaire de la chose, on se désole de ce résultat assez bâclé, alors que ce grand méli-mélo de genres qu'il n'atteint jamais vraiment (documentaire, entrevues, extraits de répétitions, informations sur la conception, etc) tombent rapidement autant à plat que dans la redondance.

Encensement inutile de la part de tous ces gens en larmes qui lèchent les bottes au "roi de la pop", montage cadencé et épileptique, effet de piètre qualité, split-screen abusé et autres, on relaye en intégralité, chanson après chanson, des tableaux inachevés de ce que s'en allait être le spectacle assez guimauve qui devait redonner toute la gloire que Michael Jackson avait perdu.

Dans ce sens, c'est réussi, puisqu'on redore l'image d'un homme carrément détruit en ramenant à l'avant-plan un perfectionniste acharné, relativement en forme, plutôt enfermé dans sa tête, mais visiblement roi de son propre univers, alors qu'il décide à lui-seul la quasi-majorité des choix, allant même jusqu'aux cues des musiciens et danseurs (il faut certainement le voir à l'oeuvre en train de pointer avec autorité les projecteurs de lumières et les musiciens pour guider le tempo), ce qui s'avère assez honorable. Sauf qu'à tous les autres niveaux, ce long résultat étendue sur un bon deux heures s'essouffle dans le temps de le dire alors qu'on a vite fait le tour de la question.

On perd vite le rythme et on ne cherche même plus à donner des genèses sur les différents tableaux, leurs cycles de créations ou des bribes de la vie en dehors du spectacle, des répétitions, de l'environnement scénique, on se retrouve simplement cloîtrés dans ce large environnement hautement superficiel en quelque part où s'enchaînent des pièces comme si on avait inséré un Best of dans le lecteur, avec des fondus au noir en guise de séparation pour faire des distinctions.

Les divers plans de caméra n'y changent rien puisqu'ils sont mal fait, mal cadrés, inintéressants (quel intérêt à voir un caméraman se replacer?) ou agaçant tout au plus. Pourquoi s'entêter à rester au sol, sur la scène et à gosser avec son zoom in et son zoom out. Si le budget avait dès le départ été amorcé pour offrir un making of en supplément du dvd, pourquoi ne pas avoir mis les efforts nécessaires pour soigner l'image, la qualité, l'intérêt ou même aller chercher des plans aériens sur grue pour littéralement nous plonger dans la création même et non pas de loin comme un fan rapidement entré et rapidement sorti d'un univers inusité? De plus, pour ce qu'on en voit, la mise en scène même du spectacle s'avère assez quétaine sur les bords alors qu'on met l'accent sur les green screen et le 3D, d'une incursion aux films policiers en noir et blanc aux danseurs démultipliés, en passant par les combats chorégraphiés, sans oublier la capsule écologique à saveur "avatarienne" pour "conscientiser", on s'avère peu impressionner par ce qu'aurait pu être ce spectacle grand déploiement, comme tant d'autre, de la pyrotechnie aux grandes dépenses.

Tout pour ravir les fans cela dit qui prendront plaisir à se déhancher et à fredonner tous ces airs majoritairement connus, mais pour le reste, n'y comptez pas. Pas d'arrangements ou de mixages fascinants pour ces classiques, pas de véritable making of, rien. Par moment, on manque à un tel point de matériel que la longue séquence s'en tient à un Michael seul sur scène qui récite sa chanson comme un grand garçon. Désolant, puisque dans cette tentative d'offrir la captation live d'un spectacle qui n'aura jamais lieu, on n'offre rien pour le rendre plus ou moins attrayant.

En somme, peut-être que dans un montage plus conscientisé et soigné, tout ce matériel serait digne d'offrir un léger making of moindrement intéressant, mais même-là, on semble en douter tellement ce qu'en a sorti Ortega frôle l'ordinaire, si ce ne serait d'avoir un dernier regard, vivant, sur une des morts les plus médiatisée de l'histoire. En ce sens, malgré tout le positivisme qu'on a pour apprécier et succomber aux derniers instants du roi de la pop, on ne peut qu'être déçu de ce manque de résultats. Dommage.

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