It’s Complicated: Plaisirs coupables

3 mars 2010 1h33 · Jimmy Chartrand

À propos l'article Voir It's Complicated

 Pour beaucoup, tout ce qui est en lien à Nancy Meyers est semblable et comparable à de la bouillie pour chats, alors que pour d'autres, elle illustre à la perfection les fantaisies que bien des tranches d'âge ou certaines minorités par moment oubliées n'osent pas nécessairement s'offrir. Si on ne peut pas nécessairement accorder raison à l'un ou à l'autre on relayera le tout à la catégorie des plaisirs coupables, puisqu'il y a certainement un petit quelque chose dans ces films qui les empêchent de s'enfoncer au plus profond des oubliettes.

Ça ne fait qu'à peine 10 ans depuis son premier long-métrage, The Parent Trap (oui, celui-là avec Lindsay Lohan qui de façon "impressionnante" interprétait les DEUX jumelles), alors que Nancy Meyers a déjà pondu cinq films. Fructueuse? Elle est certainement une des cinéastes féminines les plus productives et, en quelque part, c'est honorable puisqu'elle réussit à signer sa marque et à offrir des "chick-flick" avec un petit plus non-négligeable.

En effet, en délaissant les comédies familiales, elle s'est vite imposer avec What Women Want qui de façon surprenante abordait les femmes du point de vue d'un homme qui suite à une "petite fantaisie bizarroïde" avait la capacité d'entendre les pensées des femmes autour de lui. Ont suivi les Something's Gotta Give et The Holiday qui d'un côté explorait la vie frivolle des sexuagénaires et les vies amoureuses et tumultueuses de deux jeunes adultes en quête du véritable amour.

En reprenant nombreux thèmes liés au désir et aux quêtes de la vie elle-même, Nancy Meyers récidive avec It's Complicated, où, si certaines idées semblent pourtant bien tombé dans cette exploration de la vie frivole des quinquagénaires, ne prouvent pas nécessairement son talent.

En effet, Meyers en beurre épais, comme le personnage de Meryl Streep et sa garniture à gâteau (oui, parce qu'elle incarne avec à peine quelque mois d'intervalles avec Julie & Julia une chef-cuisinière qui trippe sur la bouffe et qui a fait ses études à Paris) et gâche souvent certaines idées bien amenées, même s'ils font souvent offices de clichés.

Pourtant, dans ses contextes, elle aurait grandement le loisir d'amener ses divers clichés à son avantage, que ce soit du joint à l'adultère, jusqu'aux coquetteries taquines, mais Meyers en profite très peu. Mis à part quelques bonnes scènes où le rire se fait bon et pas trop gras, on doit avouer que beaucoup se font rapidement gâché par des choix plutôt douteux (la conversation webcam est un bon exemple, alors que c'était bien parti, mais que ça a vite viré en vulgaire et en mélodrame) et qu'au final, on doit beaucoup aux interprètes de grande classe qui sauvent de beaucoup le film.

Par ailleurs, c'est sûrement ce qui permet à Miss Meyers de s'offrir de la visibilité et de souvent faire oublier son manque de talent pour la scénarisation, la mise en scène ou même, la réalisation tout court que ce soit générale ou d'acteur, soit, se concocter des distributions de haut calibre alors qu'elle s'est offerte les Dennis Quaid, Lindsay Lohan, Mel Gibson, Helen Hunt, Jack Nicholson, Diane Keaton, Frances Mcdormand, Keanu Reeves, Cameron Diaz, Kate Winslet, Jude Law, Jack Black, Rufus Sewell, Edward Burns, et j'en passe, en pas moins de quatre films. Comme de coutume, elle s'offre cette fois-ci nul autre que la grande Meryl Streep, Alec Baldwin et Steve Martin, ainsi que John Krasinsky avec qui elle renoue.

Pour revenir avec ce que je disais auparavant, si ce ne serait de ces quatre acolytes qui affichent une complicité sans pareil et un talent indéniable pour la comédie (pour ceux qui en doutait du moins), on doit dire qu'on s'ennuierait grandement. Puisque comme le laisse présager la première partie du film, il n'y a rien de très excitant dans tout cela et la mise en scène d'un non-talent poussé de Nancy Meyers n'a rien pour aider, sans oublier que ses dialogues sonnent souvent creux. Heureusement, au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans ces petites fantaisies grandement coupables (Streep qui tombe tour à tour (ou retombe, selon) sous les charmes de Alec Baldwin, son impitoyable ex-mari à nouveau marié à une femme plus jeune (irrésistible) et de Steve Martin, son architecte timide (craquant)), on ne peut cacher qu'on finit par succomber et qu'au prend plaisir à, disons-le, leur plaisir. Pourtant, on parle là d'acteurs qui n'ont aucun mal à s'auto-diriger et il faut avouer que le désespoir revient nous hanter quand on doit se replier sur les autres acteurs du film (que ce soit des amies aux enfants), alors qu'ils arrivent bien la à jouer juste en devant ce replier au désir non-hésitant à Meyers de vite se lancer dans la guimauve, le sentimentalisme et bla bla bla. Au moins, le plaisir est au moins au rendez-vous et ça c'est tant mieux.

Au final, si on reproche le manque de personnalité (pourquoi insister sur cet accent musical espagnol avec la guitare et les sonorités insubtilement piquée aux succulent Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen?) on en veut également que l'exploration d'un tel sujet ne soit pas plus enrichie puisqu'on aime bien les histoires de quinquagénaires quand c'est bien fait. On se réjouit tout de même qu'on aura assister aux petites folies de grands acteurs qui reconfirment avec bonheur leur talent, tout en espérant que dans un futur proche, Meyers ne se portera pas elle-même volontaire pour mettre en mots et en images ses propres illuminations, puisqu'on en ressortira avec plus l'impression d'un petit rien peu mémorable qu'une virée fortement hilarante.

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