27 février 2010 2h22 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Sept jours du talion (Les)
Alors qu'on n'y croyait plus, Daniel Grou -alias Podz- s'impose en prouvant qu'il est effectivement possible d'offrir un excellent film à partir d'un roman de Patrick Sénécal. Par ailleurs, c'est probablement dans ce désir de tout laisser au côté cinématographique et en accordant très peu au côté littéraire que Podz s'en sort le mieux.
En plus de son amour pour la désaturation, Podz construit un univers qui se suffit à lui-même afin d'exploiter un débat qui appartient bel et bien à notre monde. En ce sens, la base de l'histoire est simple: deux jeunes parents voient leurs vies s'écrouler lorsque leur petite fille de huit ans est violée et assassinée. Profondément tourmenté à la suite de l'arrestation du possible agresseur, le père se lance dans un plan de vengeance personnelle qu'il est prêt à exécuter avec méticulosité.
Oui, c'est simple et ça ne prend que peu de lignes pour résumer l'essence des quelques 110 minutes qui constituent le film. Cependant, la profondeur et la lourdeur de l'ensemble est tout autre. Par ailleurs, dès les images brutales du corps meurtri de l'innocence même sous le son incessant du mouvement redondant de la vulnérable mère suivi du titre du film qui en hante déjà plus d'un, on doit avouer qu'un immense inconfort s'immisce en nous et que celui-ci prendra bien du temps avant de nous quitter.
Moins d'un an après l'Antichrist de Lars Von Trier, Podz et Sénécal, qui a signé lui-même l'adaptation, offrent leur propre version du deuil en osant eux-aussi la violence extrême justifiée et non-gratuite, usant d'une réflexion totale et entière en osant exposer sans nécessairement disposer.
De cela, on les remercie d'avoir opté pour l'hyper-réalisme afin de traiter d'un tel sujet, soit, la vengeance, en se retrouvant ainsi à milles lieux des divers envolées fantasmées des Chan-Wook Park, Tarantino et autres Saw.
Dès les premières images, le ton bleuté-grisâtre teinte l'image pour mettre en contexte la froideur qui nous parcourra de bout en bout à l'aide de frissons, à travers cet interminable silence habilement utilisé en faisant abstraction de toute trame sonore pour éviter les distractions, pour nous enfermer plus promptement dans l'univers sans espoir et sans issue des personnages. Un vide qui se mêlera parfois aux cris de douleurs, aux hurlements de terreur, aux pleurs incontrôlables, aux sons inquiétants de la nature, aux voix noyées des personnages tout autant que les bruits des coups, mais qui finira par s'unir dans un espèce de bourdonnement aussi inconscient qu'insupportable, signe incontestable de cette douleur qui obsède et dévore sans lâcher prise.
Fort des performances de sa très bonne distribution (de Claude Legault à Martin Dubreuil, en passant par Rémy Girard et Fanny Mallette, sans oublier Alexandre Goyette et les nombreux autres), on doit avouer que plus d'acteurs méconnus auraient encore mieux aider à faciliter l'élaboration de cet univers par moment trop dur pour réellement être vrai.
En ce sens, écrit avec attention, le film prouve sa pertinence en empruntant de nombreuses avenues pour soutenir les diverses positions (de ceux qui approuvent à ceux qui rejettent l'acte, en passant par l'appui ou le désaccord des proches, policiers et autres "suiveux de nouvelle"). De là, il faut avouer que le rythme n'est que très rarement lancinant et que chaque seconde captive par sa brutalité souvent plus psychologique que graphiquement violente, entrecoupé par un montage glacial haché par le noir et l'inconstance, que ce soit au son ou à l'image. Il n'y a que très peu de passages qui seraient à trancher au final, si ce n'est de quelques moments trop démonstratifs (une colère de Claude Legault par exemple ou l'emphase trop poussée sur le personnage de Rémy Girard, inutile dans ce cas-ci, si ce n'est de conversations plus ou moins pertinente entre le kidnappeur et une victime du deuil).
Il faut également avouer que l'expertise dont fait preuve ce premier long-métrage cinématographique que Podz a à offrir parvient à nous faire oublier la mince trame narrative qui attache le récit (l'homme calme devenu plus ou moins compréhensiblement incensé, plus brillant que les policiers qui s'évertuent à le trouver en s'époumonant à de nombreuses reprises devant ses habiles stratagèmes qu'ils n'avaient pas envisagé), trame qui s'avère surprenamment crédible de bout en bout, du moins grandement plus que les nombreuses imbécilités du souvent ridicule 5150, rue des Ormes, s'effaçant alors dans la gravité du reste.
Par contre, il faut avouer que le film demeure en quelque part, de façon plutôt ironique, un film large public alors qu'il suit quelques pistes des meilleurs suspenses policiers en ne se lançant pas entièrement dans l'expérience d'enfermement "homme à homme", soit, là où le film atteint ses plus hauts sommets de réussite. Les diverses confrontations entre Dubreuil et Legault valant grandement la chandelle, trop souvent entrecoupé des avancées des policiers et du regard extérieur sur la chose, tentant par-ci et par-là de suggérer une méthode de penser au spectateur.
Au final, un film qui montre, qui démontre, qui explore et qui nous promène dans toutes les facettes du débat, mais également de la situation, en se lançant dans des tentatives d'explications sans solutions, en passant par la culpabilité à la perte de raisons jusqu'aux comparaisons de situations à travers support et déni. Un film en quelque part essentiel qui se veut d'une douleur psychologique indéniable qui a de quoi hanter et faire réfléchir alors que nombreuses confrontations auront de quoi nous rester en tête pendant longtemps. Une expérience qui met à l'épreuve son spectateur, tout autant que ses personnages, alors que les allées empruntées s'avèrent être des plaies ouvertes et non-guérissables, que l'esprit humain soit exprimé à son état le plus primaire et qu'on en vient à réaliser que le réel blessé de cet histoire n'est probablement pas celui dont ses plaies se refermeront au fil des semaines, si ce n'est de quelques inguérissables souvenirs, et ce, peu importe le traitement qu'il croira bien s'accorder. À vivre.