19 septembre 2010 10h20 · Johanne Morrisseau
À propos l'article Voir Incendies
Denis Villeneuve vient de nous offrir sa plus belle oeuvre à ce jour.
Incendies est un film
puissant. Avec magnificence ce long métrage incarne toute
la beauté, la violence, la tristesse, l'amour, l'horreur et la grandeur de l'histoire de Wajdi Mouawad, pièce de théâtre coup de poing que j'avais eu la chance de voir en 2006 au TNM, dont la poésie creuse le coeur de l'humain dans ce qu'il a de plus élogieux et de plus vil.
Dès les premières images qui défilent sur les trois minutes de la troublante chanson You And Whose Army ?, tirée de l'excellent album Amnesiac de Radiohead, j'ai su que ce film allait me rentrer dedans. Ces trois minutes, qui dévoilent une partie du passé dans le regard poignant d'un jeune garçon de la guerre (qui a un rôle déterminant, la guerre et l'enfant) et qui se terminent sur le présent avec un plan sur le notaire (Rémy Girard, sobre et crédible), campent admirablement ce film. Nous plongeons sans ménagement dans une tragédie existentielle, où l'enfance et l'errance, l'amour et la guerre, l'insupportable et le pardon se côtoient et s'entrelacent sur plusieurs générations.
Incendies c'est l'histoire de Nawal (admirable Lubna Azabal), la mère récemment décédée des jumeaux Sinon et Jeanne (Maxim Gaudette et Mélissa Désormeaux-Poulin, tous les deux excellents). Cette mère probablement née au Liban leur laisse en héritage des énigmes à
résoudre dans un testament leur demandant de partir à la recherche de leur
père qu’ils croyaient mort, et d'un frère dont ils ne connaissaient
pas l’existence. Retour aux sources pour les enfants de Nawal qui partiront à la découverte de leur mère et qui découvriront ses lourds secrets, qui deviendront les leurs.
Denis Villeneuve et son complice de toujours, l'excellent André Turpin à la direction photo, parviennent avec grand doigté à transmettre en images les mille et une émotions de cette grandiose histoire. Avec des images d'une sobriété et d'un naturel désarmants, des plans laissant la place aux silences et aux regards révélateurs – la scène de l'autobus alors que Nawal veut se rendre dans le Sud est un chef d'oeuvre en soi, Denis Villeneuve et toute son équipe marquent d'une pierre la cinématographie québécoise et rendent un grand hommage à Wajdi Mouawad.
Une pièce de théâtre n'étant pas du cinéma et l'inverse non plus, il s'avère que ces deux oeuvres portent, avec leurs différences, le même message terrible et poignant, la même grandeur d'âme. Tous les deux étant absolument bouleversants et magnifiques.
En tant que mère, les personnages de la grand-mère de Nawal et cette dernière resteront ancrés en moi. La grand-mère suppliant la jeune Nawal de lui promettre d’apprendre à lire, à écrire, à compter, à penser afin de sortir de la misère, et Nawal qui, par ses lettres laissées au père, au fils, et aux jumeaux, nous laissent sans mot et démontrent une force et un amour désarmants, malgré une vie durement marquée. Et ici, l'expression est faible.
Très belle analyse Mme Morrisseau, un texte bien senti et bien écrit!