Froid est l’enfer

13 mars 2010 12h29 · Johanne Morrisseau

À propos l'article Voir Huis clos

Peut-être parce que c'était soir de première ? Ou parce que l'enfer, après tout, n'est pas un lieu dans lequel on pourrait s'attendre à vivre de belles émotions, à venir nous chercher là où il se doit, dans les tripes.

Et pourtant tout annonçait la pièce de l'année avec ce Huis Clos de Jean-Paul Sartre. Tout d'abord, un texte fort puissant, délicieusement ironique et juste, puis des comédiens, connus et reconnus et même si Pascale Bussières en est qu'à sa deuxième présence au théâtre, elle possède tout le talent nécessaire pour flamber les planches. Et quelle voix ensorcelante elle possède !

Mais pourtant, l'enfer sera plutôt glacial malgré les répliques des comédiens sur l'accablante chaleur qu'ils disent ressentir, on ne le croit pas. Mais ce n'est qu'un léger détail sans trop d'importance. Par ailleurs, le décor de Michel Goulet est spectaculaire. L'enfer est une cage ouverte sur le monde, sur nous les spectateurs et une fenêtre sur la vie passée des personnages. Les éclairages sont particulièrement réussis. La première demi-heure nous fait saliver mais la suite nous laisse sur une petite faim, sauf la finale, une grande finale à la hauteur du talent de Jean-Paul Sartre.

Alors que les trois personnages méritent haut la main leur place en enfer, ils ne sont pas parvenus à m'y convaincre. Patrice Robitaille jouant Garcin, un journaliste révolutionnaire, supposément pas très joli comme il le répète dans la pièce, bourreau aux yeux de Inès, est plutôt très agréable à regarder et ne transmet pas avec éclat ni force son côté de salaud, de lâche, etc… Pascale Bussières dans la peau de Inès, employée des postes préférant les femmes n'est pas aussi cruelle que ses paroles laissent supposer. Julie Le Breton, la belle blonde aguichante, briseuse de coeurs, est un peu plus près de cette Estelle frivole qu'on imagine en lisant la pièce de Sartre. Mais ce qui étonne, et qui m'a laissé sur cette faim est cette ressemblance, cette même tonalité de jeu chez les trois comédiens, comme si tous ne formait qu'un seul et même personnage. Comme quoi on est plus ou moins le miroir de l'un et de l'autre. Et c'est, vous allez me dire, ce qui doit ressortir de la pièce. J'aurais tout de même aimé être bouleversée de ce spectacle, aimé sentir le frisson sur ma peau. Mais non, je m'attendais à plus de fougue, plus d'intensité, plus d'émotions. Ceci dit, Sébastien Dodge dans le rôle du Garçon, le maître d'hôtel de l'enfer, personnage étrange et sans âme, est parvenu à me faire saliver. Petit rôle mais quelle présence ! 

N'allez pas croire que ce spectacle ne mérite pas d'être vu, au contraire. Parce qu'après tout, si la magie n'est pas venue me chercher dans les tripes, c'est que la pièce nous renvoie à la figure cette immobilisme face aux cruautés de ce monde, face à ces êtres qui sont prêts à tuer pour conquérir. Et elle rend finalement bien ce malaise qui suppure encore et toujours à travers notre monde. La froideur de l'âme humaine est d'égale cruauté, autant en enfer que sur Terre. Toutefois, je suis prête à parier qu'un jeu plus poussé des trois personnages, une plus grande distinction du cruel, de l'égoïsme, ou tout simplement un Garcin physiquement moins agréable à regarder – je ne sais pas – mais il aurait suffit d'une touche de plus dans le jeu et tout aurait été encore plus percutant.

Est-ce pour cette raison que seulement quelques personnes ont ovationné à la fin ? Par manque de magie ?

 

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