Il y a des incendies qui ne peuvent s’éteindre!

25 novembre 2010 11h32 · Jean Turcotte

À propos l'article Voir Incendies

 Les jumeaux Jeanne et Simon, alors qu'ils viennent tout juste d'apprendre l'horreur de leur naissance, les malheurs de leur mère, sont dans une piscine quelque part au Moyen-Orient. Le silence, lourd comme le secret que Narwall a englouti au fond d'elle-même et maintenu depuis tant d'années, il n'y a que le clapotis de l'eau qui, doucement, l'enveloppe.

L'eau est aussi présente que le feu dans ce film. D'ailleurs, si ma mémoire ne me joue pas un tour, elle était intensément présente dans la mise en scène de la pièce de théâtre présentée au TNM il y a quelques années.

C'est aussi dans l'eau que Narwall reconnaît au talon d'un homme, les trois petits points que sa grand-mère avait gravés comme autant de stigmates, comme des marques indélébiles afin qu'un jour mère et fils puissent se retrouver.

Car INCENDIES c'est une oeuvre, énorme d'ailleurs, sur la quête. Cette quête qui doit prendre divers chemins, parfois parsemés de feu et, aussi, d'eau. Villeneuve a su préserver cette symbolique que personnellement je trouve essentielle, tout comme il aura su nous amener à l'éclatement du drame qu'aura vécu cette femme plus grande que nature, cette «femme qui chante».

Le scénario a été ciselé de manière extrêmement habile, surtout qu'il provient du théâtre là où le texte peut se définir comme la pierre angulaire. Les images – au cinéma on peut se permettre davantage de réalisme – sont magnifiques, parlantes, chaudes, un peu comme lorsque l'on assiste, impuissant, à un incendie qui dévaste tout et nous bombarde de questions sur les causes et les effets.

Les comédiens du film, et pour cela je les trouve remarquables, manifestent une immense  humilité devant un scénario dont la profondeur dramatique, voire tragique, représente l'essentiel de cette oeuvre.

Un film géant. En intensité, il ne rejoindra pas la performance – je l'ai encore aux oreilles et aux yeux – d'Andrée Lachapelle qui interprétait Narwall au théâtre, et qui, dans ce monologue frémissant, raconte aux jumeaux la vérité de sa vie, de la leur. Je dois toutefois dire que Villeneuve a réussi à rendre ces INCENDIES avec génie, respect – tout comme avec POLYTECHNIQUE – et nous démontrer que certains d'entre eux, jamais ne pourront s'éteindre.

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