9 juillet 2010 10h15 · Jean Turcotte
À propos l'article Voir Piché - Entre ciel et terre
Un «héros» se distingue des autres êtres humains par son courage exceptionnel. Le commandant Robert Piché a manifesté un tel courage lors du désormais fameux atterrissage d'août 2001 qui aura permis de sauver la vie à plus de 300 personnes, dont la sienne. Il est devenu l'espace d'un instant un illustre pilote d'avion, le fer de lance de la compagnie aérienne Air Transat et surtout, la gloire d'un peuple. Nous ne pouvons, comme québécois, nous enorgueillir d'en posséder des tonnes alors quand il s'en présente une, on saute littéralement de dessus. Sur lui, sa vie présente et sa vie passée. Tout doit absolument devenir objet d'admiration! Le héros doit être un demi-dieu.
Le film tourne donc autour de l'événement que l'on connait et aussi, beaucoup, sur ce qui a amené le commandant Piché à canaliser toutes ses expériences de vie, les moins faciles, avouons-le, ayant été en tête de ligne, afin de faire descendre du ciel tout ce monde qui s'y dirigeait à vitesse vertigineuse.
Il restera marqué, le film est explicite là-dessus, par l'expérience médiatique, surtout le fait que le héros d'un jour devienne le zéro du lendemain. On se serait attendu à ce que le choc post-traumatique soit directement relié à ce geste à la fois héroïque et mortifère de l'atterrissage risqué, mais c'est davantage le brassage du passé, son enfer dans une prison américaine qui le pousse vers l'alcoolisme, le menant à la porte de la déchéance.
Cette descente du ciel sera une montée en enfer. Piché croyait avoir éludé ces bouts de passé mais ils reviennent le hanter l'obligeant à suivre une thérapie. Il ne sera plus le commandant Piché dans le cokpit d'un Air Bus mais un homme angoissé aux commandes de sa vie qui est en chute libre, dépourvu de moyens techniques pour s'en tirer. Ça lui sera plus difficile qu'aucune situation critique pouvant survenir dans les airs.
Michel Côté est la hauteur du personnage en plus de lui ressembler d'une manière ahurissante. Il retient ses émotions avec une force inimaginable. Maxime Leflaguais (Côté plus jeune) remplit très bien son mandat nous dépeignant le Piché du début, le jouisseur festif, la «tête de cochon» comme on dit, celui qui est près à tout risquer pour «flyer». Mais Normand D'Amour dans le rôle du thérapeute m'est apparu d'une crédibilité hors pair. Il manifeste envers le commandant Piché une admiration retenue, sachant utiliser sa force de caractère pour l'obliger à poser sa vie à bon port.
Les scènes menant à l'atterrissage aux Açores sont particulièrement bien réussies et nous donnent froid dans le dos. On ne peut que souhaiter lors d'un prochain vol sur Air Transat, le commandant Piché en soit le pilote.
Beau texte M. Turcotte, content de voir que nous avons vu le même film avec ses symboles forts et des images très prenantes….