LA MORT DU LOUP (A. de Vigny)

1 février 2010 12h24 · Jean Turcotte

À propos l'article Voir Affaire Farewell (L')

D'abord, il faut aimer les films d'espionnage, mais surtout leur préférer ceux qui font appel à l'intelligence. Non pas l'intelligence dans le sens CIA du mot ou KGB, l'intelligence qui fait appel à la mémoire, à l'émotion et aussi, beaucoup peut-être, à une certaine rigueur.

Ce film est composé de différents couples, après tout il faut dans l'espionnage un espion et un «espionné». Plusieurs sont naturels: le colonel russe et sa femme, le colonel russe et son fils; l'ingénieur français et sa femme. D'autres sont plutôt factuels: le colonel russe et l'ingénieur français; les présidents Reagan et Mitterrand. Tout autour d'eux grouillent et grenouillent des intérêts à la fois différents et complexes… comme des histoires d'espionnage. On apprend, sans doute le savions-nous déjà mais on le confirme ici, que tout système politique repose sur l'information qu'il possède au sujet de ses adversaires ou de ses concurrents et qu'il est prêt à bien des vilénies pour les obtenir, puis s'en servir pour détruire les autres.

Ici c'est différent, parce que colonel russe (il est du KGB) s'affaire à vouloir faire tomber le régime soviétique et communique des informations de première main à un ingénieur français qui n'a rien de l'espion habituel, un quidam en la matière qui se retrouvera bien malgré lui mêlé à cette histoire. C'est d'ailleurs ce qui fera le succès de cette opération unique qui portera un coup fatal aux dirigeants du Kremlin, permettant la «perestroika» de Gorbatchev.

Autour de cet extraordinaire mais tellement élémentaire passage d'informations secrètes, les couples subiront tous les soubresauts possibles allant du questionnement au doute, de la non confiance à la séparation. Mais restera au-dessus de tout cela cette immense volonté d'agir pour le bien des siens ou de ses idées. Le colonel russe afin que son fils bénéficie de la liberté à l'occidentale; l'ingénieur français pour aller au bout de sa curiosité; les présidents français et américain de l'époque, pour souder une alliance que peu soupçonnait possible; pour la CIA, renforcer son hégémonie dans le domaine de l'espionnage.

Un peu comme la métaphore du loup dans le célèbre poème d'Alfred de Vigny (La mort du loup), chacun agira au risque de sa vie pour préserver ses proches ou ses intérêts.

Admirablement bien construit, une fois que l'on a bien situé les personnages et les enjeux politiques, il est intéressant de suivre cette histoire qui nous fait réaliser à quel point l'homme peut devenir cruel et méchant pour sauver sa peau ou celle des siens.

Classé dans :  Non classé

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier. Vous pouvez aussi créer un compte.

Catégories