13 janvier 2010 11h20 · Jean Turcotte
À propos l'article Voir Avatar
Il est tout à fait possibile de lire ce film à partir de différentes grilles . Celle que j'utiliserai s'avère sans doute un peu tordue. Ne serions-nous pas face à un certain pessimisme devant la nature de l'homme, sa «descente» continuelle en dehors de lui-même?
Je m'explique.
Nous connaissons tous l'histoire de ce film qui nous transporte, en 2154, sur une planète installée dans on ne sait trop quelle galaxie. Nous nous apercevons rapidement que l'homme s'y est installé avec, collées à lui comme une malédiction, ses éternelles aspirations à conquérir des mondes pour s'approprier leurs richesses naturelles. Pour en faire – la Terre en serait un exemple patent – un endroit d'où il devra par la suite s'enfuir parce qu'ayant réveillé l'intrinsèque des choses et des êtres vivants, ceux-ci se conscientisent, se révoltent, s'organisent puis partent à la défense de leur monde. Un monde qui ne veut surtout pas ressembler à ce que l'homme cherche à en faire, c'est-à-dire un lieu dépossédé de ses ressources mais également de sa manière d'être et de vivre.
Si je pousse davantage ma réflexion: AVATAR ne nous éclabousse-t-il pas en pleine figure nos tristes misères, celles d'habitants d'une planète que l'on n'aurait pas respectée et que nos actions irréfléchies auraient fait disparaître? Et, comme un Sisyphe en exil, cette faculté à transporter et reproduire un peu partout cette étrange destinée?
La descente de l'homme se fait, paradoxalement, en parallèle avec ses montées que sont ses percées technologiques tout à fait spectaculaires. Dans le film, elles nous sont présentées par des machines de guerre et d'exploitation encore plus sophistiquées mais pour l'essentiel, le fond est toujours aussi corrompu. Même en 2154, on n'a rien compris.
Que l'on nous présente en 3 dimensions nos rêves tordus, malheureusement toujours à l'image d'un homme impuissant à sortir de son cerveau reptilien, pour qui l'évolution c'est d'aller plus haut/plus loin et se retrouve fatalement devant ses continuelles faiblesses qu'il définit comme étant ses forces, n'est-ce pas d'un pessimisme désarmant?
La guérilla à laquelle il aura à faire face sur cette planète qu'il veut asservir ressemble atrocement à tout ce que nous avons connu: l'homme est un être de guerre qui cherche la paix sans jamais utiliser les bonnes armes. Et c'est la défaite. Fatale.
Voilà le pessimisme qui enveloppe ce film mais, j'ose l'espérer, saura permettre à une foule de gens de réfléchir sur nos actions actuelles en regard de notre planète, de notre manière d'être face à nous-mêmes, humains, et les autres vies existantes.
Souhaitons que ce pessimisme puisse transformer notre propension à descendre en une montée plus glorieuse.