Un homme singulier mais un film pluriel

4 janvier 2010 10h00 · Jean Turcotte

À propos l'article Voir Single Man (A)

Cet homme au singulier, c'est George (joué par un Colin Firth tout à fait génial), professeur londonien qui enseigne à Los Angeles, en ce début des années 1960. Nous sommes à l'ére Kennedy mais surtout dans l'épisode des missiles soviétiques sur l'île de Cuba.

George vient d'apprendre la mort accidentelle de son amant avec qui il partageait sa vie depuis plus de quinze ans. C'est la catastrophe, l'impossibilité de se relever et le choix de mettre fin à ses jours. Le film nous fera vivre cette journée, celle qui devrait être sa dernière.

Et voilà que la magie s'empare de l'écran. Sur tous les fronts. Les images flirtent avec le sépia et semblent provenir d'une pellicule sortant directement de l'époque. Les costumes (le réalisateur Tom Ford est couturier) originent sans doute des garde-robes des années '60 et sont d'une saississante beauté, comme tout dans ce film d'ailleurs. Le scénario tiré du roman de Christopher Isherwood est fort agréable à suivre malgré quelques flash back qui auraient pu nous perdre, aussi agréable que les éloges dont le roman fut inondé lors de sa parution. Les plans, d'une précision artistique (presque poétique), laissent présager que le réalisateur  qui possède un talent certain (il en est à son premier long métrage) nous réserve de belles surprises à venir.

Mais que dire de la musique? D'une beauté rarement atteinte au cinéma. Je ne connaissais pas ces Shigeru Umebayashi (il a composé trois pièces pour le film) et Abel Korzeniovski à qui on a confié la trame sonore. Je vous suggère de demeurer assis à votre siège à la fin du film, d'écouter, de savourer cette musique d'une pure merveille. Toute en demi-teintes comme l'ensemble du film, elle est liquide, sensuelle et nous parle de ce drame par lequel George éludera son caractère intellectuel devenant cet être sensible pour qui la mort qu'il appelle se présentera à lui sous les traits d'un ange.

Un homme singulier, oui, mais un film pluriel qui n'a rien de ce que l'on aurait pu imaginer sachant qu'il allait traiter d'une relation homosexuelle. Il évite de tomber dans la sociologie même si nous sommes dans la Californie des années '60, ne va pas du tout dans le jugement; c'est un film sur la brisure instantanée d'une intense relation humaine pour laquelle l'existentialisme ambiant de l'époque suggère de répondre par l'inverse, soit la mort, mais qui finalement se termine dans l'enchantement.

Les scènes aquatiques du début et de la fin atteignent un haut niveau de sensualité surtout parce qu'elles sont enveloppées par cette musique envoûtante qu'il est difficile d'oublier.

Je ne sais pas si ce film est en nomination pour les prochains Oscar, mais il y a, ici, matière à récompense.

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