1 janvier 2010 11h53 · Jean Turcotte
À propos l'article Voir Étreintes brisées
J'ai appris, au fil des années, à ne pas me fier aux critiques de films qu'elles proviennent de professionnels du monde cinématographique ou encore d'amateurs, comme moi par exemple. Le meilleur juge demeure toujours soi-même.
Je suis un fan d'Almodovar. Ce qu'il fait me semble toujours construit de manière intelligente. Son univers, espagnol à l'origine, dépasse ses frontières pour se projeter dans l'intime de chacun. Je l'apprécie beaucoup à cause de son génie de l'image, cette façon toute personnelle de la ciseler, de lui donner une portée parfois transcendentale. Ses mouvements de caméra, si simples en apparence, apportent une crédibilité à chacun des plans. Et lorsqu'il colle Pénélope Cruz sur la pellicule, qu'il mette sa sempiternelle touche de rouge qui en fait presque une marque de commerce, j'accroche littéralement.
Dans celui-ci, que la critique s'est fait un plaisir de mordre à belles dents, Almodovar nous plonge au coeur de la passion, dans ce qu'elle a de plus vrai, de plus fulgurant. En fait, dans ses passions: les femmes, le cinéma et les intrigues.
L'histoire construite sur deux temps (quatorze années les séparent) nous démontre jusqu'où peut nous conduire une passion. Cette Lena, si magnifiquement interprétée par une Pénélope Cruz plus belle, plus aguichante que jamais, a séduit un richissime homme d'affaires qui l'entretient alors qu'elle souhaite faire du cinéma. Obnubilé par cette femme, Ernesto chargera son fils de la suivre à la trace et sur pellicule. Le réalisateur et scénariste Matteo Blanco qui deviendra par la suite Harry Caine, permettra à Léna de réaliser son rêve mais là aussi, explose la passion. On serait porté à dire que Matteo vient d'être transfiguré tout comme le fut Almodovar pour Pénélope Cruz. Génial que dans l'accident qui fera mourir la femme, l'homme deviendra aveugle!
Lorsqu'à la fin du film, Harry redevenu Matteo, déclare que même en aveugle il faut toujours terminer un film, on entre dans cette deuxième passion. Autant Almodovar y consacre sa vie, autant ici le cinéma devient la plaque tournante sur laquelle le temps qui fuit se donne la possiblité d'être récupéré et même réorganisé, par la magie du cinéma.
Finalement, les intrigues. Elles sont présentes dans ces ÉTREINTES BRISÉES et devienent comme le fil conducteur d'un tissu que le réalisateur construit devant nous en jouant de manière fort habile avec les flash back. Il nous en installe quelques-unes qu'il dénouera tout doucement comme un scénario de film qu'on reçoit progressivement.
Homme de passion, Almodovar nous permet d'entrer dans une autre pièce de son monde – où tout semble rouge – admirablement bien construit et nous amène à croire encore que la création artistique est un des meilleurs véhicules pour démontrer que la vie, parfois, c'est plus que du cinéma…