I N V I N C I B L E

16 décembre 2009 11h07 · Jean Turcotte

À propos l'article Voir Invictus

Les deux derniers vers du poème de William Ernest Henley (Invictus) écrit en 1875 alors qu'on venait de lui amputer une jambe, sont les suivants:

Je suis le maître de mon destin,

Le capitaine de mon âme.

Nelson Mandela aura passé près de trente ans dans les prisons sud-africaines où s'entassaient, jugés par les lois de l'apartheid, des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.

Élu à la présidence de l'Afrique du Sud en 1994, Madiba (son nom tribal) s'engage dans une formidable reconstruction de l'unité nationale sous le drapeau de la non-violence et du pardon. Il ne souhaitait pas faire vivre aux Afrikaners la même indignité qu'ils avaient fait subir aux Noirs sud-africains et cela pendant des années.

Pour y arriver, en plus des changements fondamentaux qu'il met en place, il songe à l'unification de sa nation en encourageant l'équipe nationale de rugby longtemps perçue comme un symbole de l'apartheid, les Springboxs, et invite son capitaine François Pienaar à se défoncer en vue du Championnat mondial de 1995. Les Springboxs gagneront malgré le fait qu'on leur accordait aucune chance d'y arriver, qu'ils étaient les favoris des anciens dominants et, ainsi, rejetés par la majorité noire sud-africiane. C'était avant que deux capitaines, un Noir et un Blanc, ne prennent le thé et partagent leur rêve, le premier le percevant très bien, le deuxième, le découvrant, y adhéra.

Voilà la base du film. Deux acteurs: un Morgan Freeman exceptionnellement efficace et combien ressemblant à l'icône Mandela, un Matt Damon qui nous permet d'apprécier l'évolution des Blancs sud-africains pour qui Mandela était un anarchiste et un révolutionnaire, modifier leur perception et en faire, pour eux aussi, un héros national.

La victoire des Springboxs aura été plus qu'une victoire au rugby, elle aura été le ciment de la réconciliation trempée aux idées de Mandela.

On aurait pu craindre un film pleurnichard ou faisant l'apologie d'un personnage plus grand que nature ou encore, un hommage au sport offrant à son peuple des idoles surhumaines, mais on aurait pu craindre surtout qu'il se détache du quotidien. Il n'en est rien. Il est la démonstration, et combien réussie, qu'en devenant «le capitaine de son âme» un individu ou un peuple en arrive à dépasser les opprobes, à éviter de tomber dans la facile vengeance que le pouvoir nous octroierait, relançant ainsi la roue fatale qui étourdit bourreaux et victimes.

Nelson Mandela sort de ce film, sous les traits de Freeman, comme un homme de vision, un homme entièrement consacré aux idées qu'il défend, un être d'avenir.

Clint Eastwood l'a compris et nous l'a admirablement montré.

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