4 décembre 2008 12h24 · Jean Turcotte
À propos l'article Voir Milk
J'avoue, d'entrée de jeu, que je ne connaissais absolument pas ce Harvey Milk, ne savais pas non plus qu'il fut assassiné à San Francisco (en 1978) en même temps que le maire de la ville suite à l'adoption d'une résolution en faveur de la reconnaissance des droits civiques des homosexuels. Cela s'est produit 10 ans après l'assassinat de Robert Kennedy (à Los Angeles) à une époque où s'adonner à la chose publique risquait de mener à une mort certaine.
Gus Van Sant nous présente cette histoire qu'il a su parfaitement bien ficeler autour de documents d'archives et surtout illuster intelligemment le point de vue suivant: la reconnaissance des droits civiques des homosexuels aux États-Unis fut le résultat d'une lutte quasi héroïque.
Il peut nous sembler inimaginable, aujourd'hui que le droit au mariage entre conjoints de même sexe est acquis, de réaliser qu'il y a à peine 30 ans la police menait une chasse assez, disons virile, contre ceux et celles qui ne s'alignaient pas sur les préceptes d'une vie conforme à la «normalité» définie par la famille et la religion. Le réalisateur sait intelligemment nous faire saisir cela mais surtout que ces droits ne furent obtenus qu'après de longues, voire périlleuses luttes dont, pour certains, Harvey Milk entre autre, la mort en sera l'aboutissement.
Sean Penn nous offre une performance éblouissante. Absolument pas «fofolle», il campe le personnage tout en évitant de tomber dans les clichés habituels et les raccourcis inutiles. Il nous présente un Milk fragile mais combien combattif, un politicien mû par une vision que je qualifierais de type des Kennedy et un charisme que l'on reconnaît chez les grands meneurs voués aux transformations fondamentales des sociétés.
Sachant s'entourer non pas de conseillers politiques professionnels mais plutôt des engagés dans la lutte qu'ils menaient avec lui, Milk leur insuffle sa profonde croyance à l'effet que si la différence ne peut s'exprimer librement elle risque d'être fustigée, stigmatisée et anéantie. Il prône la «sortie du placard» et surtout le fait de ne plus jamais y retourner. Se déclarer homosexuel entre 1970 et 1978 aux USA ( et avant sans doute) comportait des risques majeurs, importants quant à la possibilité d'avoir un emploi et surtout de le conserver advenant le cas où sa situation personnelle devenait publique. Il a fait un travail gigantesque pour le respect de la vie privée et Gus Van Sant nous le dépeint comme un pionnier dans le domaine. Le fait qu'il fut élu à un poste officiel à la mairie de San Francisco représente donc une victoire gigantesque.
Mais il a dû composer avec une vie personnelle difficile: celle d'un politicien engagé mais également celle d'un conjoint qui aura eu mal à faire pour sauver son couple (en fait, ses couples) de la désintégration.
Un excellent film, fort bien monté par une utilisation judicieuse des documents d'archives et surtout le fait qu'il nous rappelle que les droits dont la société bénéficie aujourd'hui sont souvent le résultat de luttes… épiques.