13 février 2006 19h08 · Jean Turcotte
À propos l'article Voir Littoral
On le dit souvent, l'adaptation au grand écran d'un roman ou d'une nouvelle ne rend pas toujours justice à l'oeuvre. Pour ce qui est de LITTORAL, la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad, l'exercice m'apparaît encore plus pénible.
Cette allégorie aux multiples visages, celui de la rencontre manquée d'un père et de son fils, des sanguinaires ravages de la guerre et celui de la mort, s'en trouve malheureusement fort mal servie.
Les acteurs sont médiocres, le registre théâtral qu'ils adoptent, ne leur convient absolument pas. Ils en mettent trop et aux mauvais endroits. La mise en scène est d'un statique ennuyeux faisant dévier l'attention vers des banalités alors que le thème général, lui, loin de l'être, s'en trouve évacué.
On ne peut reprocher cette omniprésence de cadavres, les vivants arrivent à en devenir dans l'immense cimetière qu'est devenu ce si magnifique Liban. On ne peut reprocher l'exacerbation d'un fils revenant au pays natal de ses parents, cherchant un trou afin
d'enterrer le cadavre de son père, cet éternel inconnu qu'à la fin il se résignera à le plonger au fond de la mer. Mais ça sonne le faux pathétique.
Cette volonté à peine retenue d'ajouter l'horreur à l'horreur, ennuie. S'en devient trop, ça frôle l'inconscience au point qu'on arrive à ne plus croire à ce projet d'abord si louable, devenant de moins en moins vraisemblable au fur et à mesure que l'histoire évolue. Par chance que la musique et les chansons, quelques très belles prises de vue également, nous font oublier un ensemble particulièrement macabre.
Il y a aussi cette intention du réalisateur d'insister sur les symboles comme s'il voulait nous marteler ses messages. Il serait plus pertinent pour Mouawad de s'en tenir au théâtre, là où il excelle, sachant remplir la scène de manière si personnelle. Génie qu'il ne réussit malheureusement pas à nous démontrer derrière une caméra.