24 septembre 2012 9h36 · Jean-Serge Baribeau
Inquiétant, troublant et difficile à comprendre le déferlement de colère, de rage et de rancoeur qui a agité le monde musulman dans le sillage du « fameux » et médiocre film Innocence of Muslims (L’innocence des musulmans). Pour de très nombreux Occidentaux, comme moi-même, ces événements posent la question fondamentale de la précieuse liberté d’expression. Il est aussi question du respect des autres, de l’autre.
Nous sommes probablement nombreux à nous demander jusqu’où va la liberté de s’exprimer et jusqu’où nous nous devons de respecter ceux qui sont différents de « nous », même si certains traits de leur culture (ou religions ou rituels ou convictions ou traditions) nous semblent plutôt « bizarres » et parfois inacceptables.
Je vais ici proposer, dans une version modifiée et actualisée, un texte que j’avais « commis », il y a quelques années, à propos de la liberté d’expression. Une partie de ce texte avait été lue à l’émission C’est bien meilleur le matin, à la radio de Radio-Canada.
« 12 mai 2009 – 7 h 45 »
Je suis sociologue des médias depuis quelques années et ma thèse sur la liberté d’expression est passablement radicale. Si la liberté d’expression existe, il faut nécessairement qu’elle aille très loin et il faut que les limitations soient justifiées et essentielles.
Comme l’intellectuel états-unien Noam Chomsky, je pense que la liberté d’expression, c’est le droit de dire des bêtises, c’est le droit de dire ce qui semble être stupide et « con ». Beaucoup de grands penseurs, dans le cours de l’histoire humaine, ont formulé des théories ou avancé des idées qui, dans le contexte de l’époque, semblaient « bêtes », « idiotes » ou « sottes ».
Si comme un certain Robert Faurisson, en France (il y a quelques décennies), je me permets de prétendre et d’écrire, sans beaucoup de preuves, que l’Holocauste a été moins terrible que ce que la plupart des historiens pensent ou prétendent, je dois avoir le droit de le dire sans que le code criminel ne vienne me sanctionner, comme ce fut le cas dans la respectable et parfois hypocrite République française.
À mon humble avis, Faurisson a alors proféré une totale connerie, compte tenu de la pléthore de preuves qui démontrent l’horreur du nazisme et de la haine des Juifs (et de nombreux autres groupes : les communistes, les homosexuels, les romanichels, les catholiques, et j’en passe).
Toutefois, chacun se doit d’assumer ses « bêtises » et inepties à l’intérieur de limites « acceptables » et difficiles à déterminer.
La plus grande entorse à la liberté d’expression, dans l’histoire du Québec, c’est lorsqu’en décembre 2000, l’Assemblée nationale, unanime, a blâmé Yves Michaud pour des propos qui, somme toute, étaient très acceptables et absolument pas racistes, comme l’ont dit certains démagogues comme Lucien Bouchard.
Je termine en citant Normand Baillargeon (Le Couac, mars 2006) : « En Occident, les intellectuels, les écrivains, les philosophes ont gagné, par de difficiles combats où certains ont laissé leur vie, le droit à la liberté d’expression. Ce droit n’est pas négociable et il implique le droit de rire de dieu, de tous les gourous et de tous ces zozos qui veulent vivre en suivant les diktats de quelque paysan illettré ou quelque plouc illuminé ayant vécu il y a des siècles.»
ET VOILÀ ! La limite à la liberté d’expression, c’est autant que faire se peut, le respect des personnes, individus, cultures et civilisations. C’est facile à dire, mais ce n’est pas toujours facile de déterminer où s’arrête la précieuse liberté d’expression.
Dans un prochain texte je parlerai du rôle du politically correct (la « correctitude » idéologique et intellectuelle), lequel vient souvent limiter la liberté d’expression.
Jean-Serge Baribeau