6 décembre 2009 15h40 · Jean-Serge Baribeau
Je dois dire que j'aime bien lire ou écouter Claude Hagège, ce grand linguiste. J'apprécie beaucoup ses considérations sur la loi 101.
Mais je considère, quant à moi, que les linguistes et les amants de la langue française doivent être minimalement «normatifs». Je veux dire qu'il faut parfois rappeler, avec vigueur si nécessaire, qu'une langue a son génie, ses us et coutumes, ses traditions, ses manières, son esprit. Alors, il arrive qu'il faille rappeler certaines normes, certaines «règles» (quel mot effarant en cette période de fausse liberté, de fausses libertés!).
À l'heure actuelle de nombreuses personnes voudraient simplifier (ou appauvrir) l'orthographe de la langue française. Cette langue est trop complexe, nous dit-on. En fait, le problème réel et fondamental, c'est qu'au Québec comme ailleurs «on» a laissé se dégrader la connaissance de la langue. De nombreuses personnes enseignant à la maternelle ou au primaire, commettent des quantités pléthoriques de fautes d'orthographe. Alors, la solution envisagée par certains, c'est de nier les fautes et les erreurs en acceptant à peu près n'importe quoi.
Avant les années 60 et 70 du vingtième siècle, la plupart des institutrices et instituteurs connaissaient bien, très bien même, la langue française et commettaient peu de fautes. Ces personnes avaient une scolarité d'à peu près 11 à 13 ans. Et assez bizarrement la langue française n'était pas trop complexe en dépit de ses règles et exceptions qui en faisaient le charme, qui en font le charme.
Maintenant les jeunes, les enfants ont un désir d'apprendre qui est aussi grand, sinon plus grand, que le désir des jeunes d'antan. Mais, sauf exceptions, on leur enseigne la médiocrité et la facilité. C'est là un crime intellectuel dont quelqu'un, je l'espère, devra payer le prix, un jour.
Il y a une tendance vers la «gnochonisation» des enfants. On veut en faire des «gnochons», des incultes. On les prend pour des débiles, pour de gros «bébés-la-la». Il y a, à l'heure actuelle, un mépris des enfants, des jeunes. Et cela est lié à une génération de connards incultes et pseudo-modernes qui ont investi le ministère de l'Éducation. En fait, ces imbéciles (qui, très souvent, n'ont jamais enseigné) font la promotion de l'ignorance, de l'inculture. Ces abrutis ont oublié que les enfants ne sont pas des rois ou des petits «boss». C'est aux adultes que revient la tâche essentielle (sociologiquement et anthropologiquement) de transmission de savoirs, connaissances, règles et normes. Et au fur et à mesure que les enfants deviennent adultes, il leur revient la lourde tâche d'en prendre et d'en laisser dans tout cela. Mais un système scolaire qui, très tôt, demande aux enfants de définir leurs projets, c'est un système anthropologiquement déficient et criminel. Je ne prône pas la dictature des adultes, je ne prône pas l'autoritarisme. Mais je prône la nécessité radicale, pour les adultes, pour les vieux, de prendre leurs responsabilités d'adultes et de vieux.
Alors, j'accepte que la langue française, comme toutes les autres, évolue et se modifie. Mais je ne vois pas pourquoi on devrait écrire «nénufar» plutôt que «nénuphar». Je ne vois pas pourquoi on devrait écrire «éléfan» plutôt qu'éléphant. Et ainsi de suite.
Il est certain qu'il existe des règles bizarroïdes. Par exemple, on parle d'une pomme alors qu'on parle d'un pomiculteur. On parle d'un imbécile alors qu'il faut parler d'imbécillité. Certaines petites modifications peuvent être acceptées mais il faut éviter d'assassiner la richesse et le génie d'une langue.
Je suis intarissable lorsqu'il est question de la langue. C'est pourquoi je m'arrête illico tout en remerciant Claude Hagège de passer sa vie à réfléchir à la question de la langue, à la question des langues.
JSB
Peut-être bien que je suis un de ces rares dinosaures appréciant la complexité de notre langue française…
Une complexité qui ne fait d’ailleurs qu’ajouter à sa beauté, à son cachet.
Et je trouve d’une tristesse inconsolable de voir tous ces ignares choisissant la facilité, le n’importe quoi, pourvu que l’on ne se foule pas outre mesure.
Merci pour ce magnifique billet, Monsieur Baribeau.
Merci de vos commentaires tonifiants et roboratifs, Monsieur Claude Perrier.
Entre dinosaures, réels ou présumés tels dans cette société du marketing-roi et de l’humour trop souvent débiloïde, je pense que nous nous comprenons très bien.
AU PLAISIR!
JSB
Pour le cas où la chose vous aurait échappé, je me permets de vous signaler que votre billet paraît dans l’édition imprimée courante de Voir, soit celle datée du 10 au 16 décembre.
Comme quoi les dinosaures que nous sommes – apparemment – avons encore une petite résonance…
Je suis d’accord avec vous quant au ramollissement généralisé de la société moderne, celle de l’ère des automates de tous genres. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, selon le dicton, n’est-ce pas ? Et si on n’a plus besoin de forgeron, qu’est-ce qu’on devient, sauf des consommateurs dans une société de loisirs où tout le côté animal de l’être humain est excité et exploité sciemment au profit du capitalisme.
Donc, si la langue française, mais aussi la langue anglaise, enfin, si toutes les langues se ramollissent, c’est que tous autant que nous sommes, suivons la loi du moindre effort et que selon un autre dicton, la paresse est la mère de tous les vices !
Puisque les gens ont à choisir entre regarder la télé et lire un bon roman, . . . !!!
Personnellement, je me suis débarrassé de ma télé il y a presque 20 ans.
Vous nous donnez 2 exemples de soi-disant bizarrerie de la langue, tel que pomme /pɔm/ avec pomiculteur /pɔ.mi.kyl.tœʁ/ et imbécile /ɛ̃.be.sil/ avec imbécillité /ɛ̃.be.si.li.te/. Ces 2 exemples trouvent leurs explications dans l’origine latine de ces mots et d’une transformation ultérieure, d’une adaptation française, donc non pas bizarre mais complexe.
Je me demande si l’apparence de bizarrerie ne viendrait pas souvent aussi d’une méconnaissance de la prononciation exacte ‘‘française’’ ou originelle des mots, tel que pour pomiculteur /pɔ.mi.kyl.tœʁ/, cette langue française faite de nombreux sons raffinés, certainement d’après moi, la plus grande caractéristique esthétique qui charme tant l’oreille des étrangers. Je donne en exemple, les voyelles nasales et le u sans oublier les divers a, e, et o.
Ainsi, avant l’écriture, c’est la phonétique et la structure de la langue française qui en sont les principales marques de noblesse.