Chapitre onze, épisode cinq : les mesures de guerre.

6 février 2012 23h27 · Gilbert Talbot

Quand il m’a vu entrer en panique dans son bureau, il demanda tout d’abord à qui il avait affaire : Phil, ou moi… Ou un autre personnage peut-être :

-       Qui est-ce ? Demanda-t-il, de son ton d’ignorant qui sait tout !

-       C’est moi docteur. Pardonnez cette intrusion, mais c’est ma mère. Elle n’est vraiment pas bien, répondit Phil par ma bouche.

-       Qu’est-ce qui se passe Phil ? Demanda le docteur calmement.

-       Les soldats l’ont éveillée, je crois. Elle ne parle que d’eux. Ils foncent sur le Parlement.

-       Maria ! M’entends-tu, demanda le docteur autoritairement.

-       Docteur ! Ah ! Vous êtes là vous aussi. Vous vous êtes engagé depuis quand ?

-       Je te suis Maria, tu le sais bien. Je ne te lâche plus.

-       Phil vous l’as dit, hein ! Je l’ai entendu.

-       Oui, je sais. Il y a des soldats en ville.

-       Oui c’est mon régiment. Je leur ai ordonné de marcher sur le parlement des oppresseurs de mon pays. Ils vont leur faire la peau à tous ces nazis.

J’étais en plein délire. Le docteur me fit une piqûre pour que je me calme. Encore une fois, je me suis réveillée attachée dans un lit d’hôpital. Phil était assis dans le fauteuil près du lit. Il y avait un garde armé à la porte.

-       Pourquoi ce garde à ma porte Phil ?

-       Le docteur a dit qu’il fallait te protéger contre les nazis. Ils sont partout dans la ville.

-       Les nazis ont envahi le Québec ?

-       Je ne sais pas trop ce qui se passe. La radio parle de mesures de guerre.

-       La guerre ? Ici ? Je ne peux pas le croire. Pourquoi ?

Le docteur Longpré entra pour répondre à la question :

-       Le ministre Pierre Laporte a été tué. Le gouvernement fédéral a proclamé l’état appréhendé d’insurrection armée pour justifier la proclamation des mesures de guerre.

-       Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Et en quoi cela me concerne-t-il?

-       Cela veut dire Maria que certains droits ont été abolis, qu’on peut arrêter des gens sur simple soupçon de fomenter, ou aider à fomenter des actions guerrières.

-       C’est à cause de mon régiment. Ont-ils tué mes soldats ?

-       Non, maman, répondit Phil, tes soldats sont retournés dans leur caserne, vu l’absence de leur cheffe. Ils ne savaient plus où aller, ni que faire.

-       Ah ! C’est mieux. Je vais aller les voir.

-       Non, Maria tu ne peux pas bouger d’ici. Tu vois ce garde à la porte, tu es sous arrêt, m’apprit le docteur.

-       Sous arrêt ? Ils ont fait vite les Schleus.

-       Ce ne sont pas des Schleus. C’est l’armée canadienne.

-       L’armée canadienne ? Que me veulent-ils eux ? J’ai pas affaire à eux moi. Je réponds au Général De Gaulle.

-       Je ne sais pas ce qu’ils te veulent Maria. Mais un inspecteur de police va venir t’interroger, dès que je leur dirai que tu peux le recevoir.

-       Mais moi, je ne veux pas le voir, que je lui répondis.

-       Je peux leur dire que tu n’es pas en état de répondre à leurs questions, mais ça ne fera que remettre l’interrogatoire à plus tard.

-       Je n’ai rien à leur dire. Vous pouvez toujours leur dire ça. Dis-je de plus en plus en colère.

Phil n’était plus avec moi. Il était sorti sans que je m’en aperçoive. Cette situation me ramenait en mémoire des souvenirs atroces des interrogatoires nazis, avec leurs appareils de tortures barbares. En même temps, cette situation réveillait toute ma fougue de résistante. Je sentais vraiment l’adrénaline monter dans mes veines, jusqu’à submerger mon cœur et mon esprit. La guerrière se réveillait à nouveau. Je devenais lucide, sure de mes moyens, prête à affronter l’ennemi.

-       Où il est cet inspecteur ? Demandai-je soudainement décidée à lui faire face.

-       Il attend ma réponse dans mon bureau. Es-tu sure Maria que tu peux le voir dans ton état actuel.

-       Mon état actuel est parfaitement capable d’affronter un agent SS. Vous inquiétez pas docteur. J’ai déjà fait face à la musique.

-       Je sais Maria. Je sais. Moi aussi. C’est pas de gaieté de cœur que je fais ça. Tu peux être sure. Si tu me dis non, je lui dirai non. Si tu dis oui, je lui dirai oui : c’est à toi de décider.

-       Allez le chercher. Je suis prête.

Classé dans :  Livres
Mots-clés :  ,

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier. Vous pouvez aussi créer un compte.

Catégories