5 août 2011 13h42 · Gilles Roberge
À propos l'article Voir John Currin
La Galerie DHC/ART nous convie en cette saison estivale à une rencontre de deux artistes de calibre. Tout d’abord, John Currin présente certaines de ses toiles produites durant les quinze dernières années ou il explore surtout des scènes de la vie courante. Au-delà de la représentation picturale figurative, cet artiste américain joue sur plusieurs tableaux. Ayant tout pour produire une peinture hyperréaliste, celui-ci modifie la physionomie et l’expression de ses sujets dans une subtilité presque génomique. De légères modifications amènent un questionnement et une comparaison sur différentes périodes de l’histoire de l’art. En effet, les coloris ne sont certainement pas associés à une peinture contemporaine exploratoire, mais plutôt à une relecture d’un passé singulier. Les sujets ainsi peints semblent vouloir communiquer avec nous en dévoilant certains secrets bien gardés. Il y a presque un malaise, une mal-vie qui émane chez certains personnages au sourire inexistant. Chacun des quatre étages de la Galerie peut représenter un niveau de conscience qui mène vers un aboutissement pictural. La technique est irréprochable et John Currin nous présente du grand art. Rarement exploité en peinture, on y découvre une complaisance aux plaisirs de la chair qui est à la limite pornographique. Loin des clichés de l’érotisme, les œuvres ¨Deauville¨ et ¨Rotterdam¨ sont explicites et tendent vers l’orgasme afin d’exprimer cette énergie refoulée qui caractérise certains de ses travaux. Dans un autre ordre d’idée, Berlinde De Bruyckere présente une ode à souffrance et à la mort dans une esthétique saisissante. Le destin de la condition humaine à travers l’histoire est certainement son cheval de bataille. Elle exprime à travers ses sculptures un compte à rebours qui nous concerne et qui met en relief l’inhumanité de l’humanité. On s’imagine toujours que la période dans laquelle on vit nous est due et que le sang qui a coulé et qui coule encore à travers les guerres politiques et religieuses ne nous concerne pas. Cette artiste vient en quelque sorte nous présenter une rétrospective qui réfère au passé et qui nous fait apprécier notre liberté et notre démocratie. Ainsi, ces deux expositions nous mènent vers des chemins différents de la réflexion sans pour autant les rejeter puisque notre propre destin ne connait pas encore l’issue de notre passage sur terre.