Le Gainsbourg de Pierre Lapointe

16 juin 2011 6h50 · Francis Hébert

 

Pour une fois qu'il ne parle (presque) pas de son nombril dans une critique de spectacle, on va se faire une joie de citer le papier de Sylvain Cormier dans Le Devoir du jour. Et puis, honnêtement, ça m'en fera moins long à dire ensuite. Pierre Lapointe avait mis en scène l'hommage à Gainsbourg, Initiales S.G. avec (et c'est à peu près le seul point positif de la soirée) plusieurs de ses propres musiciens, en plus d'une délicieuse harpiste. Le chef d'orchestre de ce machin, c'est donc notre charmant mais cabotin Pierre Lapointe. Je cite seulement ce qui fait mon affaire, hein, comme souvent dans les citations. Je souscris à:

«Mauvais. Que c'était mauvais. Navrant jusqu'à l'embarras. Comment as-tu
pu commettre ça, Pierre Lapointe? Se faire ainsi offrir Gainsbourg sur
un plateau, et arriver hier à Maisonneuve aussi mal préparé? Faire un
tel plat d'une première mise en scène et n'en rien faire à ce point?
Comment justifier ça? Trop-plein d'arrogance débouchant sur un bâclage?
Niveau d'incompétence atteint? Un ratage de cette envergure est
inadmissible, au prix du billet.

(…)

on a eu Arielle Dombasle en sous-Bardot, révélée sur une Harley-Davidson
pour chanter… Harley-Davidson. La trouvaille que voilà! Il a dû y
passer des nuits dans sa forêt de mal-aimés, le Pierrot.» 

 (article complet)

***

Pour ma part, j'ajouterais qu'on aurait dû s'en douter. Les interprètes des chansons plus féminines de Gainsbourg étaient drôlement choisies: on a eu Arielle Dombasle et Monia Chokri, d'une vulgarité effrayante, qui misaient tout sur leurs «charmes» physiques. Betty Bonifassi, qui cafouillait, massacrant le français et les morceaux en plus de donner à l'ensemble un air de théâtre décadent. L'électro hip hop de Random Recipe complètement à côté de la plaque (à l'instar de Loco Locass quand il fait du Harmonium!) avec des stépettes et des grands gestes chorégraphiés (une partie de la foule les applaudissait à tout rompre).

En bref, la première partie (car comme Cormier je suis parti à l'entracte) était épouvantable. Un cirque. Pour peu que vous aimiez le Gainsbourg fragile, délicat et esthète, pour peu que vous connaissiez déjà ses chansons plus obscures, passez votre chemin.

Naturellement, dans ce lot de vulgarité, de tape-à-l'oeil, une belle surprise: Clara Furey (notre photo) était très touchante. Jugez un peu: elle s'empare d'une excellente chanson de France Gall (Attends ou va-t-en), d'une autre de Deneuve-Birkin (Dépression au-dessus du jardin) et même de la Valse de Melody. Pour cette dernière, on lui pardonnera volontiers de s'être plantée dans les paroles et d'avoir dû recommencer. Elle était adorable. On aurait bien aimé avoir la force de rester pour la deuxième partie et ainsi l'entendre chanter La vague à lames et Flagrant délire, deux titres du répertoire de Vanessa Paradis.

À part Clara et les musiciens, c'était honteux.

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    Jean-Claude Bourbonnais 16 juin 2011 · 09h29

    Une énigme, ce Pierre Lapointe…
    Comment le plus doué de nos chansonniers fait-il pour se complaîre ainsi dans un sorte de morosité mortifère qui n’a rien à voir avec les gens de son âge?. C’est un peu l’envers trash du Ô Kébek pépère de Duguay.
    Â moins que derrière cette vulgarité grimée comme un cadavre lancé au visage du monde, Lapointe manifeste ainsi sans le nommer son désespoir devant le triste spectacle du Québec jaune de peur en 2011.
    Ce spectacle serait alors très politique sans en avoir l’air, et les applaudissements d’une « partie » de la salle, la manifestation bruyante de la démission apprehendée des plus doués peut-être à redonner vie à un peuple trop jeune pour mourir.
    Et Cormier? C’est ampoulé à l’os. Un rocker qui se force à parler « intelligent » pour plaire aux intellos qui détestent le rock and roll!!! Ridicule sur toute la ligne!

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    Adam Bel 17 juin 2011 · 15h15

    Bonjour Mr Hébert

    Un petit message de France d’où je vous lis assidûment pour vous dire ma surprise de voir que du jour au lendemain votre recension du spectacle mis en scène par Pierre Lapointe a subitement changé de titre, passant d’un jouissit  » Honte à Pierre Lapointe » à un bien neutre  » Le Gainsbourg de Pierre Lapointe ».
    N’auriez-vous pas un peu reculé par crainte?

    Pour ce qui est de Mr Cormier, je vous trouve un peu injuste ( vous et Mr Bourbonnais ) considérant le talent d’écriture et d’analyse de ce journaliste.
    Journaliste qui, lui, ose aller au bout de ses convictions au risque d’être ostracisé dans un milieu culturel québécois relativement petit.

    J’en connais deux qui devraient en prendre de la graine.

    Bien à vous!

    P.S.

    Merci quand même à votre article qui ne m’a pas laissé de marbre et m’a poussé à m’inscrire et encore bravo pour vos recensions que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt.

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