10 juin 2011 21h01 · Francis Hébert
Mes Francos auront commencé en douce. Autour de 16 h, les boutiques francofolles étaient encore fermées rue Ste-Catherine. C'était calme sur le site. Sauf sur la grande scène extérieure où la bande à Marie-Mai faisait des tests pour ce soir. Une foule assez nombreuse y trépignait déjà, hurlant de joie. Je me suis dit que mon chef de section aurait voulu être là (c'est le spécialiste maison de Marie-Mai), mais que le pauvre était toujours enfermé quelques mètres plus loin dans les locaux du journal. (C'est une blague, hein, n'allez pas croire qu'il interroge la «rockeuse» par passion. Rockeuse! Aïe! Au Québec, ce terme, c'est vraiment n'importe quoi.)
La tente slam accueillait à 17 h Éric Bélanger. Il y faisait bon, frais sous la toile. On a eu la bonne idée d'y mettre des chaises. Bref, un bon climat pour entendre de la chanson poétique, ceci dit sans ironie cette fois. Le sieur Bélanger sait y faire. On le savait sur disques, deux CD épatants. Et le voici sur les planches avec une seule pianiste, ce qui est amplement suffisant quand on a de si beaux morceaux. Quelques gestes, de la pudeur, un peu d'humour. Pas d'accessoires, de bébelles, juste sa voix et le piano pour mélodier ses mots. Une grande maîtrise. J'ai dû quitter avant la fin, à regret, mais la foule était respectueuse et attentive – malgré un employé des Francos qui charriait des barrières en fer (?) avec la subtilité d'un gardien de prison de mauvaise humeur. Une dame a eu le bon goût d'aller l'avertir de faire moins de bruit, que ça gênait notre écoute. À noter que Bélanger est un des seuls – avec Renaud – à savoir composer une chanson pour sa fille sans avoir l'air cucul. Ça s'appelle Clémentine dream. Clémentine tout court, me semble que ça aurait été encore mieux…
Parfaite maîtrise également pour Philippe B qui ouvrait le Club Soda ce soir. Cet homme fait des miracles avec deux guitares et deux harmonicas. Quelles chansons bien troussées! Quelles mélodies! Quel ton, quel humour! On dit avec raison que c'est le guitariste de Pierre Lapointe mais c'est surtout un immense artiste. En plus, je le soupçonne de lire dans les pensées. Au moment où, au début du spectacle, après trois chansons tirées de ses deuxième et troisième albums, je me disais, putain, c'est vraiment bon, mais j'espère qu'il en fera aussi de son premier (plus instantané que les autres), il a joué Archipels, ma préférée, celle qui m'a tout de suite accroché à sa sortie en 2005. 40 minutes de bonheur, additionnées à celles de Bélanger.

J’en ai vu des concerts dans ma vie… Des pas mal, des sympas, des décevants aussi, même des franchement chiants. Mais des exceptionnels, des qui vous renversent, des qui vous donnent l’envie de crier au génie et à la perfection, très peu. Philippe B au Club Soda était l’un de ces rares-là. Du pur bonheur de la première à la dernière minute. Il y a aussi les concerts pendant lesquels on regarde sa montre en se disant « Merde, seulement ? ». Et les autres qu’on voudrait interminables. Quand vient la fin, on se dit : « Oh non, pas déjà… » Le concert de Philippe B ce soir était l’un de ceux-là. Merci simplement pour ce grand moment.