17 mars 2010 8h05 · Francis Hébert
Un matin, on se lève, on est content car on repense à la programmation des Francos, on se dit que pour une fois, ils ont fait un effort dans la bonne direction, que les premiers choix sont bons. On griffonne un billet là-dessus. Et on attend les réactions, espérant toujours que les lecteurs qui pestaient seront ravis eux itou.
Quelques heures passent. On apprend la mort de Jean Ferrat. On hésite à faire un autre billet dès maintenant car il va prendre la place de l'autre, qui sera un peu «gaspillé» car moins visible. Qui, des lecteurs du Voir, se soucient de Jean Ferrat? En 15 ans de passion pour la chanson française, personne ou presque ne m'a jamais cité Ferrat.
Mais il mérite un texte, alors on s'y colle. Et les réactions déboulent, car si les lecteurs du Voir ou mes proches ne semblent guère se soucier de Ferrat, la communauté internationale réagit toujours à ces nécrologies.
Là, c'est la galère. On me lit mal, on me prête des intentions qui ne sont pas du tout les miennes. Bref, journaliste ou simples lecteurs, faut réviser votre français, section compréhension de textes.
Mais il y a de belles récompenses, lorsque je vois que Robert Léger, membre et auteur-compositeur de Beau Dommage, lit ce blogue. Lorsqu'un lecteur cite quelques vers d'une chanson et, encore endormi, on ne pige pas tout de suite qu'il s'agit de l'oeuvre de Ferrat, on dirait plutôt un poème de sa composition, lorsqu'il était ado, le lecteur… Et effectivement, Yves Duteil est une bonne comparaison, côté maladresse mièvre. Notez qu'une des meilleures chansons de Duteil est signée par l'écrivain Philippe Delerm (Comme dans les dessins de Folon).
Alors, maintenant, est-ce qu'on peut revenir au vrai sujet qui devrait préoccuper le Québécois fou de chanson française?
Les Francofolies de Montréal! Que la suite de la programmation soit aussi captivante! Car la chanson francophone se porte encore très bien. Les Victoires de la musique n'en représentent qu'une infime partie. Il faut fouiner un peu par soi-même, sortir des autoroutes.

Nous sommes vingt et cent, nous sommes des milliers à penser que le blogueur s’est mis le pied dans la bouche en parlant du décès de Jean Ferrat. Nous sommes vingt et cent, nous sommes des milliers à penser que le blogueur a démontré une méconnaissance de 500 ans de chansons françaises. Pour noyer le poisson, il ose dire que ce sont les lecteurs qui ne connaissent pas leur français.
Et si c’était le blogueur qui ne savait pas écrire?
Nous avons, en effet, un moraliste qui renvoie ses lecteurs, deux fois plutôt qu’une, à refaire leurs « devoirs » et à apprendre à « le » lire. Un blogueur plus fin que ses lecteurs qui staracadémise et s’attriste des perceptions causées par l’émotion de la « nécrologie » ou par les « souvenirs de jeunesse qui déforment tout, qui troublent les perspectives esthétiques ». Oui, my dear, c’est entendu, Tenenbaum qui ne voulait pas être une vedette laissera sur le parvis de la grande Chanson qu’une humble pierrette rouge inutile, œuvrette tout au plus sympa qu’on entonnera peut-être entre vieux tranquilles à Antraigues au café de la place « La Montagne », après la partie de boules, Nuit et Brouillard dans la même foulée que Le torche-cul de Ricet Barrier. Que c’est désuet, désuet « La rouge fleur éclatée / D’un néon qui fait trembler/ Nos deux ombres étonnées… » !
La Montagne est souvent la seule chanson que bien des gens connaissent de Ferrat, parce qu’il l’ont entendue à la radio. Quand on fréquente des forums de musique, on se rend compte que parmi les plus jeunes, beaucoup connaissent Gainsbourg, Brel, Ferré, mais disent ne connaître Ferrat que de nom. C’est aussi à ça qu’on mesure l’importance d’un chanteur. Alors on peut s’étonner qu’une remise en question de l’émotion provoquée par la mort de monsieur Ferrat par un journaliste dont la spécialité est la chanson française, et qui connaît certainement bien son oeuvre, soit source d’autant d’incompréhension de la part de quelques lecteurs. La mort d’un chanteur dont seulement quelques rares chansons ont marqué durablement les esprits le rend-il intouchable ? Qui, parmi ces lecteurs, pensaient à Jean Ferrat et l’écoutaient avant que son décès ne le ramène à notre mémoire ? Quelques-uns, sûrement, mais pas forcément beaucoup.