18 décembre 2008 9h35 · Francis Hébert
Grosse année pour Gilles Valiquette. Il a sorti un recueil de ses textes (ma critique) – la version deluxe de ce livre contenait une réédition augmentée de trois bonus de son dernier cd. Et enfin, il vient tout juste de faire paraître l'essentiel, ce qui pourrait être l'anthologie de l'année: un coffret de neuf cd dont je parle cette semaine dans la page disques du Voir:
«Excellent projet: réunir en un coffret au prix abordable les huit premiers disques de Gilles Valiquette,
presque tous introuvables, ainsi qu'un spectacle à CKOI en 1980. Vingt
ans de chansons pop de belle facture, de 1973 à 1993. Chacun des albums
est offert dans sa pochette originale et est accompagné d'extras
(inédits; versions alternatives ou en public). On redécouvre un
parcours original, parfois échevelé, toujours avec un souci artisanal
de qualité. Hélas sans photos, le livret présente les notes de
Valiquette qui resituent les opus dans leur contexte. Ce sont des
heures de plaisir avec ces 119 titres présentés simplement. Parfois, ça
suffit. 3,5 / 5»
J'ai demandé à Gilles Valiquette de répondre par écrit à quelques questions exclusivement pour ce blogue, voici ses réponses.
- Pourquoi un coffret à ce moment-ci de votre carrière? Vous sentez-vous à un tournant?
Mes chansons sont comme mes enfants. Elles font toujours partie de mon quotidien.
Dans ce cas-ci, le livre « Histoires de chansons » paru au printemps dernier chez VLB éditeur a jeté un nouvel éclairage sur mes chansons. La demande du public s’est accrue au cours des derniers mois, mais il faut dire que la plupart de mes premiers enregistrements n’ont jamais été réédités depuis leur parution sur disque vinyle. Et le peu ayant paru sur CD n’est plus disponible depuis longtemps.
Aussi, il y a le fait que techniquement, les choses ont bien évolué quant à la gravure numérique au cours des dernières années. Le moment était donc propice à la conversion numérique d’une bonne partie de mon catalogue, une cristallisation qui deviendra une nouvelle référence pour les années à venir.
- Comment a été fait le choix des inédits et raretés à y inclure? Certains ont-ils été écartés? Le coffret reprend-t-il tous les inédits du double «Où est passé le temps»?
Je suis un archiviste de nature et j’ai pris l’habitude de conserver mes enregistrements au fil des ans. Cela dit, plusieurs bandes sont dans des boîtes blanches sans identification aucune. Reste-t-il d’autres enregistrements inédits? Fort possible. Sur multipiste, non mixés, sûrement! Mais dans ce genre de travail, il faut arrêter quelque part. Quand même, l’idée de base n’était pas d’écarter quoi que ce soit.
Finalement, j’ai inséré 34 enregistrements qui ne faisaient pas partie des albums originaux. C’est quand même l’équivalent de trois albums, ce qui n’est pas rien. En d’autres mots, quelqu’un possédant toute la discographie de Gilles Valiquette pourra quand même découvrir de nouvelles choses dans « Les 9 premiers ». Et si ce n’était que pour la qualité sonore accrue, un simple échange des originaux en vaudrait la peine, à mon avis.
- Pourquoi ne pas avoir inclus un livret plus volumineux avec photos et détails des enregistrements?
Le défi dans ce genre de projet est de pouvoir offrir un ensemble riche à un prix abordable. Au départ, il ne semblait pas nécessaire d’inclure un livret volumineux puisqu’il y avait déjà beaucoup d’informations présentées dans le livre « Histoires de chansons ». Il ne faut pas oublier qu’au départ, le coffret est un complément au livre.
Cela dit, le projet s’est déroulé de façon efficace, ce qui nous a permis d’offrir un coffret de neuf CD au prix de deux incluant un livret de douze pages. Un bon ’deal’ comme on dit chez nous. À ce chapitre, l’équipe de Musicor Projets Spéciaux a fait un travail remarquable.
En passant, j’ai personnellement signé et numéroté les mille premières copies.
- Quels albums et quelles chansons de vous préférez-vous? Avez-vous une prédilection pour vos méconnus?
Ma préférée est la chanson « (Ne te laisse pas) Dormir debout » que l’on retrouve sur l’album Pièces. C’est une partie de moi qui parle à l’autre, je crois. Cette chanson a été créée, arrangée et enregistrée d’une façon qui ne se compare pas à mes autres chansons et dans ce sens, j’ai de la difficulté à réaliser qu’elle vient de moi.
Pour ce qui est des albums et des autres pièces en général, je les vois un peu comme on regarde un vieil album de famille. Il y a un côté de ça qui est fort inconfortable parce qu’on change tous avec le temps, mais ces chansons transportent avec elles des souvenirs qu’on n’échangerait pour rien au monde.
- Sur le coffret, on trouve plusieurs remix radio, des questionnements sur les passages radio/télé. Vous avez un grand souci d’avoir un son conforme à ce qu’attendent les radios, n’avez-vous pas peur d’aplanir la singularité des chansons?
J’ai appris à apprécier la chanson populaire par le biais de la radio. Je n’ai pas de problème de base avec ce média.
Par ailleurs, je suis d’avis qu’un créateur de chansons n’a pas terminé son travail s’il n’a pas vérifié que son intention a été communiquée de façon intègre à l’auditeur même si le canal de diffusion semble bien étroit parfois.
Le défi consiste donc à trouver un dénominateur commun où, à la fois, le créateur est fier de son œuvre, un grand auditoire trouve un accès facile à cette œuvre et les ayants droit sont rémunérés de façon équitable à travers tout ça afin de nourrir l’écriture de nouvelles œuvres.
Pour un artiste comme moi, faire en sorte que la radio (ou la diffusion en général) n’existe pas serait jouer à l’autruche en plus d’être une façon bien juvénile d’aborder le métier.
- Quels sont vos projets musicaux?
Au cours de la dernière année, j’ai lancé un nouvel album (« Secrètement public »), un nouveau livre (« Histoires de chansons ») et le coffret « Les 9 premiers ». En plus, j’ai donné des spectacles en province, réalisé le nouvel album de Patrick Norman (« Plaisirs de Noël ») et j’anime une émission hebdomadaire à la Radio Boomer 1570. Chacun de ces projets m’amène beaucoup de plaisir et laisse une place pour ma créativité. C’est ce que j’ai toujours voulu faire alors je suis comblé.
Au-delà de tout ça, je souhaite simplement que mes projets artistiques aient assez de succès commercial pour qu’on me laisse le privilège de continuer. À cet effet, j’apprécie le soutien de chacun.
- Avez-vous l’impression d’avoir des descendants (spirituels) dans la chanson francophone parmi la jeune génération? Un souci d’artisanat, de recherches et de simplicité…
Je crois que tout artiste qui choisit de s’exprimer dans le cadre d’une chanson de trois minutes est un descendant spirituel. Mais pour dire vrai, chacun de nous n’est qu’une feuille d’un lierre qui ne cesse de grimper.

