8 janvier 2007 11h10 · Francis Hébert
Allain Leprest, Voce a mano (1992)
Le Français Allain Leprest est sans aucun doute le plus digne successeur de Jacques Brel. La même fougue, la même écriture inventive, qui tord parfois le cou à la syntaxe. Le même romantisme bouillant, la fièvre. Sur scène, comme le grand Jacques, c'est un monstre théâtral qui, en quelques gestes, vous dresse des tableaux fantastiques. On ne s'étonnera guère que Leprest soit aussi peintre.
Nougaro et Ferrat l'ont porté aux nues. Francesca Solleville, Enzo Enzo et Romain Didier, pour ne citer qu'eux, l'ont chanté.
Leprest, c'est un quart de siècle à arpenter les planches. Dans les années 80, deux disques ratés, surproduits.
Il a fallu attendre que Pierre Barouh (Saravah) offre à Leprest la chance de se rattraper : produire un album de rêve, qui rendrait hommage à l'instrument cher au parolier-interprète. L'accordéon. Tenu sur "Voce a mano" par le prodigieux Richard Galliano. À la violence des mots de Leprest, répondent les plaintes déchirées, accidentées de l'accordéon.
Dans les chansons de Leprest, on trouve la mythologie d'une certaine France populaire, avec ses bistrots, ses personnages colorés, ses bals, ses écrivains. Ce sont des paysages pluvieux, superbes (Le Cotentin). Une tendresse pour le genre humain, surtout ceux qui souffrent, les mal nantis.
Poète du quotidien? Sans doute. Leprest signe depuis toujours des chansons sociales, qui descendent dans la rue. Le sens de l'observation aiguisé.
Il faut saisir "Voce a mano" en plein vol, son plus bel album, son moment de grâce, avant que le génie ne s'effrite et, hélas, ne s'auto-parodie sur "Donne-moi de mes nouvelles".
"Voce a mano", des embruns de mer fouettés de vagues d'accordéon.
Ça regorge de trésors.
Quand reviendra-t’il à Montréal ?