11 avril 2011 16h22 · Jean-Claude Bourbonnais
Il est tout à fait cocasse de constater que la controverse au sujet de la présence de Cantat dans la trilogie de Mouawad allait se jouer dans un théâtre qui se nomme "Le Nouveau Monde". Or quand on passe en revue tous les acteurs de ce mauvais drame, rien dans tout ça ne ressemble au Nouveau Monde, tel que nous l'habitons, nous Québécois, depuis cinq siècles.
Commençons par le plus niais, qui se trouve en même temps le plus tapageur: le rock d'enfer, version Cantat. Le rock, au départ, c'est la musique des Irlandais de la famine et des Noirs de l'esclavage américain. Il s'adonne qu'il parle la langue de Shakespeare, celui qui a dit "To be or not to be, that is the question". Certains historiens prétendent que Shakespeare était de nationalité irlandaise…
Le rock ensuite, c'est quoi: la gigue de l'Irlandais se fusionnant avec le blues africain mis en orbite par la guitare électrique. D'où notre identification tardive à cette musique, dans les années 70 avec les grands barrages de Manic et de la Baie James. Le Nègre Blanc a commencé à rocker de par ce fait même, et comme je l'ai vu, il s'est déchaîné une fois pour toutes, avec Charlebois dans les amplis, au centre Paul Sauvé, le 15 novembre 1976. Le rock français, disons-le donc une fois pour toutes, y rock pas, y cause, et cause, et cause, et encore…comme dans leurs films pornos sur Internet…"C'est booonnn, c'est boooonnnnn!" Vraiment?????
Un rock en déguisement empressé d'une langue devenue mensongère chez un peuple où il n'y a pas de ghettos, mais seulement des "quartiers sensibles",une grande nation, dites-vous, grande surtout par la dévastation qu'elle exporta dans les colonies et par toute l'Europe. Napoléon, ça vous dit quelque chose??? Madame Pintal aurait pu au moins nous mettre des rockers québécois, comme les bons sauvages d'autrefois exhibés devant.monsieur et MADAME Louis XIV…mais pas Cantat, qui ne ressemble en rien à ce que nous sommes. Un involontaire repenti dans une Amérique de volontaires récidivistes quossé ça??
Et puis Sophocle, entre deux tragédies, c'était un militaire au service d'Athènes, un conseiller très écouté des stratèges, qui ne dédaignait pas aller en guerre contre les provinces qui voulaient se séparer de la Cité.
Mais pourquoi Cantat au fait dans les quelques arpents de sièges duTNM, sinon afin de roder pour la France sa zizique contre la violence faite aux femmes? Encore une fois le Québec comme faire-valoir d'un grand repenti chummy-chummy avec ce Grand Inquiet de Mouawad.Et de quelles femmes en fait?Même pas les nôtres. Le 6 décembre 1989, le massacre de la Polytechnique, voilà une vraie tragédie, d'ampleur universelle, bien plus grande que l'assassinat franco-français de Marie Trintignant. Mouawad n'y a pas pensé. Ou n'a pas voulu y penser. Quel Choeur extraordinaire de femmes ressuscitées cela aurait fait voir aux Français, le Nôtre, qui est aussi le coeur d'un pays nié depuis des siècles, en premier lieu par les élites intellectuelles et les politicailleurs français de toute allégeance…
Et madame Pintal, qui se fait appeler "MADAME Louis XIV", dans une autre pièce où elle tient le rôle principal, n'est-on pas en droit de se demander quelles sont ses allégeances culturelles profondes, comme directrice d'un théâtre qui s'affiche péremptoirement comme celui du "Nouveau Monde?. Derrière tout ce vacarme médiatico-artistique, je sens une odeur de colonialisme culturel assez nauséabonde. Un colonialisme théâtral qui vient nous imposer des drames, faussement nommés tragédies, avec un metteur en scène qui s'abbreuve d'un Sophocle centralisateur qui faisait la guerre aux différences dans l'Athènes en450 avant JC, beaucoup plus actuelle que l'on pense dans "le pluss' meilleur pays du monde". Un colonialisme qui se met en musique avec une caricature du rock, la seule musique pourtant des exclus qui l'ont justement construit, le "Nouveau Monde" ici en Amérique du Nord.
Tout cela n'est que bavardage négationiste: la soit-disant trilogie de Mouawad, le repentir musical de Cantat, MADAME Louis XIV, le théâtre du "Vieux Monde", et toute sa boulechite financée avec l'argent….d'Hydro-Québec. J'apprends que Mouawad a l'intention de se manifester à Radio-Canada, chez Anne-Marie Dussault, ce vendredi. Ben dis-donc, si c'est aussi fade que son entrevue condescendante avec la Bétancourt, une autre suppliciée de luxe made in France, on risque fort de s'esclaffer ou d'aller voir ailleurs s'il n'y aurait pas une game de hockey, par hasard. Si Radio-Canada veut vraiment faire du bruit qu'il confie le premier rôle de questionneuse à Denise Bombardier. MADAME Bombardier est plutôt grandiloquente dans "Le Devoir". mais comme intervieweuse, en représentation physique d'elle-même,à la tv autrefois, elle était redoutable.Là ça pourrait rocker sérieusement. Sérieusement en effet, hors du petit monde de notre théâtre monté sur ses grands chevaux, le psychodrame Cantat-Mouawad serait d'un grand comique si ce n'était si mal joué. "Cantat a payé pour son crime" qu'y nous disent, les innocents, et nous maintenant, on nous demande de le rembourser…