Le suicide écologiste

6 octobre 2010 8h59 · Jean-Claude Bourbonnais

En vieillissant, je deviens plus sélectif dans mes souvenirs. Ce n'est pas une perte de mémoire mais un choix réfléchi des moments importants de ma vie.Le reste se dissout lentement dans l'oubli, lieu sans territoire, sans nom, sans visage. C'est la définition la plus simple dans le dictionnaire du mot "Histoire". Depuis 40 ans, ma femme et moi avons déménagé une bonne dizaine de fois, neuf fois dans le grand Montréal, une fois à Québec. Et chaque été, nous allons en vacances par tout le pays québécois, aussi varié et changeant dans ses régions qu'imprévisible dans ses saisons.

Le complexe immobilier où nous habitons depuis quelques années a changé de propriétaire. Les réfections qu'on y fait feront monter le prix de notre loyer à tel point que nous déménagerons encore une fois, à l'aube de nos 70 ans. Et nous avons hâte, car nous n'irons pas nous enfermer dans des immeubles pour vieux, mais peut-être dans un appart neuf, entourés de jeunes gens. Possiblement ailleurs qu'à Montréal, peut-être à Rimouski, tiens, face à  la mer dans cette ville universitaire à la vie culturelle intense.

Ce qui nous retient de partir, c'est bien sûr notre ville, les lieux familiers, nos amis et tous les souvenirs qui s'y rattachent.Mais nos racines sont multiples, aussi nombreuses que les régions du pays que nous avons visitées, et aimées. Alors pourquoi aller ailleurs? Pour retourner dans le temps, pour aller finir de vivre autrement, plus en avant, notre vie. Quitte à revenir à Montréal, si ça ne nous plaît pas! Nomades, un peu, comme nos ancêtres,aussi longtemps qu'on le pourra, avant la fin libératrice, AUTREMENT là aussi que dans une prison de vieux, ces infects CHSLD…

Ce sont des pensées qui m'assaillent quand je lis tout le délire qui entoure le débat sur l'exploitation des gaz de schiste. "Pas dans ma cour", ce terrible cri de ralliement, d'un peuple devenu sédentaire jusqu'à l'enfermement, il me dit quoi, à moi? Est-ce seulement un souci pour l'environnement, où un refus d'aller voir ailleurs si on y est. Une démission devant le territoire, devant une manière de faire, universelle, qui contredirait le littérateur terré dans son "Devoir" du refus global…un désir inavouable de se perdre dans l'oubli du pays réel pour aller s'enfermer dans sa cour, avec vue imprenable sur la piscine et le chien-chien prèt à tuer tout voisin qui regarderait son maître de travers. Et le fleuve, notre grand fleuve qui s'allonge et qui se jette dans l'océan, et nos Chic Chocs gaspésiennes poignardées à grands coups d'éoliennes, on fait semblant de ne plus les voir…on les regarde sans les voir avec honnêteté, peuple faux qui mime le somnambulisme? Fabulons donc un peu, c'est tendance, tout le monde médiatique le fait à propos d'Octobre 70,… Supposons que ma maison est assise sur un important gisement de matière première. Le gouvernement m'offre d'acheter ma maison, et de me relocaliser ailleurs. J'accepterais volontiers, même à mon âge, ne serait-ce que pour aller me promener ailleurs, autrement. L'étonnement de celui qui cherche,peut-être parce qu'il a beaucoup trouvé durant toute sa vie, en marchant, justement…. 

Avec les écolos, nous entrons en religion.Ou plutôt, nous y retournons. Tout est pareil, alors que rien n'est différent, dirait le suicidaire qui vient de manquer son suicide. Le progrès ça vous rallonge à l'infini surtout quand vous êtes un moins que rien…Le gaz de schiste, c'est un bordel à la grandeur du territoire comme celui du Red Light montréalais d'autrefois,  et Charest, son Duplessis rescuscité. Quoi? Nous irions nous plaindre!! Mais de quoi? Cette culbute dans le passé est la preuve achevée de notre survivance…

Les schiste, un gaz maudit selon les écolos, on sait bien en plus quelles images ça soulève dans l'imaginaire québécois. Les chambres du même nom, pendant la vraie Grande Noirceur, celle de l'Allemagne nazie, ça nous chavire. D'autant plus que les juifs, eux, ont incarné leur rêve d'un territoire en fondant Israël, en plein coeur du délire de toutes les religions. Israël, c'est pas notre genre. On reste figé dans le rêve, un Québec vierge et inhabité, une créature céleste, dont les cauchemars modernes ne font qu'alimenter notre démission somnolente. Mais on a des bons écrivains, des grands cinéastes. Et des écologistes qui veillent au grain. La preuve: dans leurs pétitions et autres demandes de subvention, ces gens sont si sûrs de leur génie qu'il ne nous reste plus, nous les misérables,qu' à aller leur confesser notre ignorance. Bienheureux les creux, car le ciel ne leur tombera jamais sur la tête… 

Duplessis vendait notre fer 5 cennes la tonne. Dix fois moins que le prix du marché. Charest vend notre gaz de la même manière. Le temps nous rattrappe, signe sans doute qu'il était en retard sur nous…Ça doit être ça le vrai sens de la Révolution Tranquille. Le tranquille fini au bout de la révolution inachevée. "Ne touchez pas à notre sous-sol québécois!", hurlent les écolos. Ils ont mille fois raison. Il pourrait se mettre en colère et  nous glisser sous les pieds….

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

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    Michel Desmeules 8 octobre 2010 · 19h15

    La seule façon de rendre un homme malheureux et égoïste à la fois, c’est de le déposséder de son pays et lui faire croire qu’il est le propriétaire de la terre; les riches propriétaires terriens finissent toujours par souffrir du syndrôme de l’horizon limité, malgré les clôtures qu’ils installent partout…

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