21 juin 2009 10h35 · Jean-Claude Bourbonnais
Il n'y a pas à dire, quand une langue se délie, c'est tout son dictionnaire qui s'ouvre.Le président de la SSJB ne veut pas d'anglais dans sa Saint-Jean. Ne lui lançons pas la pierre tout de suite car si sa sortie pouvait convaincre Pascale Picard de mettre au moins une chanson en français dans son prochain CD, monsieur beaulieu aurait alors réalisé tout un exploit!
L'erreur de Mario Beaulieu est ailleurs, dans sa perception de notre langue, de toute langue qui se tient, et c'est pas mal plus grave. Mon Larousse le prouve éloquemment. D'abord corrigeons cette idée fausse qui affirme que la fête nationale est la célébration d'une langue. La Saint-Jean est avant toute autre prétention la fête d'un peuple sur un territoire donné, toutes langues confondues en une seule, la française, mais pas abolies pour autant. Mon dictionnaire est la métaphore parfaite de cette fête où viennent y enrichir son génie propre des mots venus d'ailleurs, qui ont conservé toute leur saveur, toutes leurs racines. Ces mots qui ennoblissent la langue française, j'en ai choisi quelques uns, des mots graves, et quelques noms propres importants, sans lesquels notre langue maternelle et notre pays seraient fort diminués.
Le plus beau mot de notre langue, poésie, on le doit à la Grèce, patrie de Platon, qui voulait la proscrire de sa Cité. Interdire aux Québécois d'origine grecque de chanter les poètes de leur pays dans leur langue maternelle, ce serait reconduire ni plus ni moins cet anathème, d'une manière encore plus grotesque, en le leur imposant en français. Aussi, interdire aux Espagnols du Québec de lire les poèmes de Garcia Lorca ou de Zoé Valdés dans leur langue maternelle le jour de la Saint-Jean, ne serait-ce pas avaliser par la bande les terribles dictatures de Franco et des frères Castro? Et le leur imposer en français, ne serait-ce pas en plus blasphémer "La Marche à l'Amour" de Gaston Miron?
Parlant de poésie(et de mon pays), Gilles Vigneault serait bien mal pris en chantant "La Danse à Saint-Dilon" quand lui prendrait l'envie d'y pousser une petite gigue, parce que gigue c'est anglais, dans ses racines et tous ses pieds. Quoi??? Vigneault qui chante en français mais qui danse en anglais?!?! Honte sur lui!! Expulsons-le vite!!!
Même raisonnement pour deux autres mots qui font danser notre peuple depuis ses commencements, violon, du vieux provençal, une langue interdite dans les écoles de France. Et guitare, de l'Espagne encore, qui vient électrifier nos mots et nous remettre en mémoire René Lévesque qui fit parler le français à notre électricité
Même le nom de notre pays à faire, Québec, d'origine algonquine, qui signifie " là où le fleuve se rétrécit", faudrait-il l'interdire sur les affiches de notre fête nationale parce que nous sommes aujourd'hui trop lâches et trop paresseux pour habiter l'ensemble de notre territoire? Serait-ce par culpabilité à rebours, dissimulée, que nous refuserions alors aux nations amérindiennes de venir nous rappeler cette triste réalité dans leurs langues maternelles, le 24 juin?
Mais plus bête enfin, et plus dangereux, ce refus de l'anglais, il me force à aller voir au plus sombre de notre Histoire, où un nom important, prophétique, s'allume chez moi: Wolfred Nelson. Wolfred Nelson, un Anglais, était loyaliste au Québec, en 1830. Mais une fréquentation assidue de notre peuple d'alors lui fit virer son capot de bord, comme c'est écrit en langue québécoise dans le dictionnaire de Léandre Bergeron. Il alla donc rejoindre nos patriotes en 1837, et fut déporté avec eux.
Ces anglophones qui ont exprimé le désir de venir chanter en anglais dans notre fête nationale, ne sont-ils pas en quelque part en train de continuer le chemin de Wolfred Nelson, 170 ans plus tard. Et les choses étant ce qu'elles sont aujourd'hui, quinze ans après le référendum de 1995, avec tous ces anglos qui ont déserté le West Island et le "NO" tonitruant de leurs parents pour venir habiter au coeur du Plateau, de la Petite Patrie, de Villeray, et même jusque dans Hochelaga- Maisonneuve, leur refuser notre fête dans leur langue maternelle, ne serait-ce pas se priver peut-être, une fois pour toutes,du petit essentiel qui manquait à notre "OUI" majoritaire ? Ne serait-ce pas demain nous interdire leur "YES" gagnant?