31 octobre 2009 14h15 · Florence Berthold
À propos l'article Voir September Issue (The)
L'industrie de la mode divise le monde en deux catégories: ceux qui en sont totalement mordus et ceux qui la trouve plutôt superficielle. Le documentaire L'édition de septembre de R.J. Cutler nous invite à suivre la création de l'édition la plus importante de l'année, l'édition de septembre du magazine de mode Vogue. Les deux principales intervenantes dans le documentaire sont Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine, et Grace Connington, son adjointe. Les deux femmes ont commencé à travailler pour la version américaine de la revue la même journée et sont collègues depuis plus de vingt ans. On les suit, séparément, à travers la création de l'édition de septembre, voyant ainsi deux points de vue différents.
Anna Wintour est loin de la sorcière que nous avait fait connaître le film Le diable s'habille en prada. Elle n'est pas sympathique non plus. Elle sait qui elle est, ce qu'elle veut et elle confronte les gens dans leur ego. Quelqu'un n'ayant aucune estime de soi ne tiendrait pas longtemps chez Vogue. Il faut avoir une vision de la réussite du magazine qui passe avant le besoin de reconnaissance de son travail pour faire partie de l'équipe de Mme Wintour. Elle sait qu'elle représente en quelque sorte une référence dans le monde de la mode et elle doit conserver cette réputation pour le rester, en même temps, elle pousse les gens de son entourage à toujours se dépasser pour rester dans le coup. J'ai trouvé comique le fait que la plupart des gens du monde de la mode sont nerveux de la rencontrer, de peur de ne pas satisfaire à ses exigences alors que ces frères et soeurs trouvent son métier pas très sérieux! On n'est pas prophète dans sa propre famille! Aussi, Anna Wintour, bien qu'elle puisse paraître snob dans le fait qu'elle ne parle pas aux gens à qui elle n'a pas besoin de parler, elle ne conserve pas le fruit de son travail. C'est sa fille qui lui a fait une bibliothèque avec tous les magazines que Anna Wintour a produits pour qu'elle en garde un souvenir.
Pour sa part, Grace Connington, ex mannequin, nous amène dans les coulisses de Vogue. Presque toujours habillée en noir, couleur que la rédactrice en chef rejette presque à coup sûr dans le magazine, elle vient contrastée avec le concept d'être à la mode. Elle n'a vraiment rien de superficielle ou qui pourrait évoquer l'image de la beauté. Un peu ironique pour quelqu'un qui a déjà été mannequin et reconnu pour sa beauté?! Contrairement à Anna Wintour, dont la plus grande qualité est la force de décision, Grace Connington est une artiste et bien qu'elle n'ait pas le dernier mot, c'est grâce à son imagination que le magazine Vogue se démarque par l'originalité de ses photos. Grace dit que pour rester dans l'équipe il faut savoir se rendre indispensable et bien qu'une bonne partie de son travail soit rejeté, elle ne donne pas sa place.
J'ai trouvé très intéressant de voir le squelette du magazine. D'abord, on voit des petits cartons vierges représentant le nombre de double pages qu'ils projettent de publier. Peu à peu, les cartons vierges sont remplacés par les photos sélectionnées. Avant la prise de photos, il y a un choix qui est fait parmi d'innombrables robes. Des "shooting" photos sont réalisés. Parfois il y a un thème, d'autres fois ça semble plus libre. La question de la couverture est prédominante puisque c'est elle qui va attirer l'oeil du consommateur en premier. La typographie, la grandeur des caractères, la photo de la vedette, etc. Rien n'est laissé au hasard.
Personnellement, j'en aurais pris plus, surtout en ce qui concerne la mise en scène des "shooting" photos. Je pense que le documentaire de Cutler donne une bonne idée de ce qu'implique la réalisation d'un magazine lu à travers le monde. Il n'est pas nécessaire d'être un fanatique de la mode pour trouver ce documentaire intéressant.