19 juillet 2012 17h04 · Éric Tremblay
Un genre marginal, original est magiquement apparu sur le radar des mélomanes maniaques de nouveauté en plein milieu d’une décennie dominée par le disco et le rock psychédélique. Le rap, rampant progressivement dans les rues dangeureuses des grandes villes, inspiré du vécu tout aussi dangereux des jeunes qui y habitent, était un cri d’alarme retentissant qui tissa des liens avec une génération d’afro-américains en quête d’expansion et de respect. Les rythmes étaient rudimentaires, mais les textes furent la voix d’un peuple, contrairement au message misogyne et infâme des fameux rappeurs de notre époque. Un blanc-bec du nom d’Aesop Rock, au bec savant, a pris le genre par les cornes et l’a dominé grâce à une prose urbaine ingénieuse alliant humour et tambours saccadés et avant-guardistes, ce qu’il insiste à reproduire sur les quinze pistes de son sixième album, Skelethon. Textures vaporeuses, parfois abrasives soutiennent ses incisives mordantes sur toutes les abominations mondiales actuelles. Aesop Rock choque mais fait prendre conscience; il étourdit mais finit par s’assurer que tous ont compris. Compris que le rap ne doit pas être qu’une vulgaire publicité de bijoux, d’alcool, de voitures et d’implants mammaires, faussement supposée procurer bonheur et satisfaction, d’autres ambitions existant. Skelethon confirme qu’Aesop Rock et sa fougue contagieuse suivie religieusement par ses fans ont toujours une place de choix dans le canevas musical rempli de banalités et d’insipidités. Stupides, vous êtes accrochés aux moindres rhymes de 50 Cent? Allez voir ailleurs, ceci n’est pas du rap à cinquante cennes…