12 juillet 2011 12h00 · Guy Boulianne
Je suis très heureux d’avoir l’opportunité d’interviewer monsieur Guy
Boulianne, fondateur et président-directeur général des Éditions
Dédicaces. Cette jeune société d’édition a réussi à faire sa marque dans
un domaine difficile, grâce à sa politique d’avant-garde. Je suis donc
curieux d’en savoir plus sur cette politique, et sur les motivations de
son initiateur. – JEAN-FRANÇOIS CAPELLE
J-F.C-
Monsieur Boulianne, j’aimerais savoir, si ce n’est pas indiscret, quel
est votre parcours personnel dans le domaine culturel qui vous a amené à
créer une nouvelle société d’édition?
G.B- J’ai débuté
dans le domaine culturel à l’âge de 20 ans en publiant un premier
recueil de poésie à compte d’auteur. Par la suite, tout en continuant
dans l’écriture, j’ai œuvré dans le milieu des galeries d’art en
devenant l’un des responsables des galeries Frère Jérôme et Lézart, pour
ensuite ouvrir ma propre galerie d’art (Imagine) dans le Cooper
Building, à Montréal. J’ai pour ainsi dire toujours travaillé dans le
milieu artistique et, 26 plus tard, il était tout simplement cohérent de
poursuivre ma démarche en créant la maison d’édition Dédicaces.
J-F.C-
Le contexte économique difficile ainsi que la compétition féroce dans
ce secteur ont du vous faire hésiter à vous lancer dans cette aventure.
Pourquoi n’avez-vous pas cherché à être subventionné comme beaucoup
d’autres éditeurs?
G.B- Comme l’écrit Jean-François Nadeau dans un article publié dans la revue À bâbord! (No.12 déc. 2005 / jan. 2006) : «
Les plus grosses maisons d’édition, celles dont les chiffres d’affaires
sont déjà imposants, raflent l’essentiel des fonds publics destinés à
l’édition en produisant beaucoup de titres à chaque année. Or, la
majorité de ces maisons sont aujourd’hui la propriété de Quebecor. » (http://wp.me/pN99S-X2)
Il
est très important de savoir que la Loi sur le développement des
entreprises québécoises dans le domaine du livre exclut tout autre moyen
d'expression que le livre publié par un éditeur agréé par le
gouvernement. La loi stipule clairement que le gouvernement s'oblige à
aider financièrement uniquement les éditeurs qu'il a lui-même agréés.
Les Éditions Dédicaces
n’étant pas agréées, nous préfèrons nous concentrer sur le
développement concret de l’entreprise au lieu de prendre notre temps à
remplir des demandes de subventions qui n’arriveront pas avant
longtemps. Je vous invite à lire à ce sujet l’article de Serge-André
Guay : http://alturl.com/c7ey4.
J-F.C-
Dans le réseau traditionnel de la diffusion des livres : auteur,
éditeur, imprimeur, distributeur et librairie, quelle est la part en
pourcentage qui revient à l’éditeur qui, en fait, prend tous les risques
financiers?
G.B- Selon le Centre National du Livre en
France, la répartition du prix de vente public TTC d’un livre, par
métier, se lit comme suit : fabrication 17,5%, librairie 33%, diffusion
10%, distribution 12%, TVA 5,5%, droits d’auteur 8%, éditeur 14% (Guide
de l’éditeur). Au Québec, la répartition se lit plutôt comme suit :
fabrication 17%, librairie 40%, distribution 20%, TPS 5%, droits
d’auteur 10%, éditeur 8%. Ceci est sans compter les frais connexes :
conception graphique et mise en page du livre, diffusion dans les
librairies en ligne, publicité et marketing, administration, etc. Le
métier d’éditeur n’est donc pas un métier facile en soi.
J-F.C-
Le livre numérique comme vous le préconisez semble une façon efficace
de réduire les coûts. Quel devrait être en pourcentage le prix de vente
d’un livre numérique par rapport à un livre imprimé?
G.B-
Aux Éditions Dédicaces, nous vendons nos livres numériques à 50% du prix
des livres au format papier et nous remettons un droit d’auteur de 40%
sur les sommes perçues sur les ventes, différemment des boutiques en
ligne. Récemment, nous avons mis certains de nos livres numériques à
l’essai chez Amazon, au prix de 2,99$ (www.kindle.dedicaces.ca).
J-F.C-
L’édition numérique semble un moyen efficace pour dépasser les
frontières. Est-ce que la multiplication des supports de lecture pose
des problèmes d’adaptation de vos livres, et quelles sont les sociétés
avec lesquelles vous avez déjà signé des accords dans ce domaine?
G.B-
La diffusion de nos livres sur les différentes plateformes numériques
ne nous pose aucun problème d’adaptation. Nous travaillons depuis le
début avec Smashwords qui convertit automatiquement nos livres en
plusieurs formats, dont le ePub. Grâce à un partenariat avec l’Entrepôt
numérique de l’ANEL, nous diffusons certains de nos livres dans
plusieurs boutiques en France, en Belgique, en Italie et au Québec, dont
Archambault. Nous avons aussi signé des contrats avec i-Kiosque
(France), KOBO (Canada) et Bookshare (USA) qui convertit nos ouvrages en
braille. Nos livres numériques seront bientôt diffusés dans une
boutique en Argentine.
J-F.C- Quelles sont les méthodes de
publicité que vous privilégiez, comme les réseaux sociaux, salons du
livre et autres, pour faire connaître vos publications?
G.B-
Nous utilisons avec force la réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter
et Linkedin afin de promouvoir les ouvrages et les actualités des Éditions Dédicaces.
Nous avons automatisé notre système de diffusion à partir de notre
blogue grâce à NetworkedBlogs, Sprout Social et Friendfeed, ce qui nous
économise temps et argent. Nous annonçons aussi parfois dans les médias
écrits avec le concours de certains de nos auteurs, et nous participons à
plusieurs salons du livre dont ceux de Paris, Mennecy, Carcassonne en
France, et les salons de Trois-Rivières et de l’Estrie au Québec.
J-F.C- Les candidats auteurs doivent vous transmettre leurs
manuscrits prêts pour l’impression, ce qui doit parfois permettre
l’édition de livres qui auraient nécessité des améliorations.
Envisagez-vous d’être plus rigoureux dans votre sélection?
G.B-
Ce n’est pas du tout le cas. Les auteurs ne doivent pas nous envoyer
leurs manuscrits prêts pour l’impression. Ils nous transmettent ceux-ci à
l’état brut par voie électronique, au format Word ou RTF. Tous les
manuscrits reçus sont analysés et plusieurs sont refusés assez
rapidement. Nous avons beaucoup resserré nos paramètres de qualité en
exigeant que le manuscrit soit révisé et corrigé par une tierce
personne, dont nous demandons les références. Sans référence, un
manuscrit a très peu de chance d’être publié. Après son acceptation, un
manuscrit est mis en page et la couverture est conçue par nos soins.
Après quoi, le livre est publié.
J-F.C- Vous devez parfois
faire face à des auteurs qui, devant le peu de succès des ventes de
leurs ouvrages, accusent l’éditeur de ne pas avoir fait un travail de
promotion suffisant. Comment réagissez-vous?
G.B-
Heureusement pour nous, ce n’est pas la majorité de nos auteurs [rires].
Oui, il peut arriver parfois qu’un auteur nous fasse des reproches ou
nous accuse de ne pas faire un travail suffisant. Comment peut-on nous
accuser de la mévente d’un livre alors que nous travaillons également
pour toutes nos publications à l’échelle internationale ? On ne peut
tout de même pas inventer des droits d’auteur là où il n’y en a pas
[rires] !
Les auteurs qui se plaignent le plus, sont souvent ceux qui s’investissent le moins dans la promotion de leurs œuvres.
J-F.C-
Pour continuer avec les auteurs, comment les Éditions Dédicaces
voient-elles l’implication de ceux-ci dans la diffusion de leurs livres?
G.B- «
Au Québec, on compte désormais environ 5 000 nouveautés chaque année
contre tout juste une centaine en 1960. Après moins de trois mois
d’existence sur les rayons d’un libraire, un livre est désormais jugé
vieux et se voit remplacé par d’autres, à un rythme purement industriel » (À bâbord!, http://wp.me/pN99S-X2).
Nous vivons à une époque où un auteur ne peut plus se contenter de
publier un livre. Il doit aussi en parler autour de lui, sur un blogue
personnel, sur les réseaux sociaux, en participant à des séances de
signature ou à des salons et des foires du livre. Le succès d’un livre
ne dépend plus seulement de son éditeur.
J-F.C- Le livre
est dans le domaine culturel celui qui requiert le plus d’effort de la
part du consommateur, ce qui nuit sans aucun doute à sa diffusion.
Croyez-vous que des versions interactives ou audio soient une solution à
envisager dans l’avenir pour pallier cet obstacle?
G.B-
Je ne crois pas que le livre interactif puisse pallier cet obstacle. Un
livre est écrit pour les passionnés de la lecture, et non pas du jeu.
Par contre, le livre audio permet aux malvoyants d’avoir accès à de
nombreux ouvrages qu’ils ne pourraient pas lire autrement !
J-F.C-
Pour terminer, puisqu’il le faut, je tiens à vous dire que je suis
impressionné par l’énergie et la créativité que vous déployez pour faire
une réussite des Éditions Dédicaces. Le rôle du livre est primordial
dans la promotion de la culture, en particulier ici au Québec, et votre
contribution mérite d’être soulignée. Je vous laisse la parole pour
nous livrer votre vision de l’avenir des Éditions Dédicaces. Merci
beaucoup pour cette entrevue.
G.B- Nous avons plusieurs projets en cours. Étant incorporées au Canada en tant que société par actions, les Éditions Dédicaces
songent à réunir de nouveaux actionnaires afin de développer
l’entreprise à un niveau supérieur. Nous avons un projet qui nous
sortira du domaine de l’édition pure pour nous propulser dans celui des
nouvelles technologies. Malheureusement, nous ne pouvons pas donner plus
de détails, mais c’est assurément une histoire à suivre… [rires].
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Entrevue réalisée par
JEAN-FRANÇOIS CAPELLE
www.dedicaces.ca
www.dedicaces.info