5 mai 2010 16h30 · Guy Boulianne
par Thierry ROLLET
Scribo Masque d'Or
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Thierry ROLLET : Bonjour, Francine. Pourriez-vous nous parler de la genèse de vos deux recueils de poésie ?
Francine MINVILLE : Avec plaisir Thierry. Je dois mentionner que l’écriture n’était pas innée chez moi. Je préférais de loin les sciences et les mathématiques. Tout ce qui avait un rapport avec l’écriture, la rédaction, l’orthographe ne m’attirait guère. J’ai commencé à écrire il y a de cela quelques années seulement. J’écrivais pour exprimer ma colère face à toute l’injustice dans le monde. Loin de moi l’idée d’être publiée, jusqu’au jour où j’ai décidé d’en faire des écrits formels. Je souhaitais voir mes textes mis en musique et donc, j’ai acheminé mes écrits à plusieurs maisons de disques, mais sans succès. J’ai alors fait appel aux maisons d’édition, mais pendant plus d’un an, je n’obtins aucun résultat et finalement, je suis tombée sur les éditions Dédicaces qui ont accepté de publier mon premier recueil de poésie qui s’intitule « C’est ça la vie ! ». Quelques mois plus tard, j’ai écrit un second recueil « Le mal dans sa divinité » qui est également publié aux éditions Dédicaces.
Thierry ROLLET : Parlez-nous de votre parcours d’auteure. Avez-vous déjà publié d’autres ouvrages, d’autres genres de textes, en livre ou en revues ?
Francine MINVILLE : J’ai publié quelques-uns de mes textes dans deux anthologies, soit l’anthologie des « Dossiers d’Aquitaine » et celle de « Flammes vives » en France. J’ai également publié d’autres textes dans le magazine « Gardiolarem », toujours en France. Avant de me lancer dans la poésie, j’ai écrit un ouvrage qui s’intitule « Changer de côté, vous vous êtes trompés ». Celui-ci relatait des faits et des vérités concernant les abus de pouvoir menés par les gens les plus influents de la planète. Disons que je ne passais pas par quatre chemins pour écrire les choses telles qu’elles sont, donc vous comprendrez qu’aucune maison d’édition n’a accepté de le publier à l’époque.
Thierry ROLLET : Quelles sont les parts entre réflexion et création dans votre écriture ?
Francine MINVILLE : Lorsque j’écris, je le fais sans vraiment réfléchir. Que ce soit par une image mentale, un sentiment profond ou tout simplement par envie de faire couler de l’encre, je le fais comme bon me semble. D’ailleurs, c’est très libérateur et j’aurais du mal à me passer de cette forme d’expression. Par contre, je dois beaucoup me concentrer pour mettre le tout en forme afin d’en faciliter la lecture. Pour ce qui est de la création, il m’arrive parfois de me demander, « mais où avais-je la tête pour écrire de tels vers » !
Thierry ROLLET : « C’est ça la vie ! » se veut-il un modèle ou relate-t-il une expérience ou un ensemble d’expériences de vie ?
Francine MINVILLE : Je vous dirais que mes écrits relatent plus d’un ensemble d’expériences de vie. Ce recueil se veut un cri du coeur face à toute l’injustice dans le monde. J’ai beau essayer de porter des oeillères afin de ne rien voir autour de moi, mais je ne peux m’empêcher de constater toute cette misère qui pourrait être évitée et cela me hante souvent. Je suis consciente que je ne peux pas changer le monde avec mes écrits, mais je ne peux pas non plus arrêter en me disant que cette misère n’est pas de mes affaires, ou n’est pas mon problème.
Thierry ROLLET : Votre second recueil « Le mal dans sa divinité » contient une antithèse ou, du moins, un paradoxe. Ainsi, comment définissez-vous « le mal dans sa divinité » ?
Francine MINVILLE : Je pourrais vous répondre tout simplement : « regardons autour de nous puisque la réponse est là ». Le mal est souvent perçu et utilisé comme étant divin et vice versa. Par exemple, lorsque les gouvernements font la guerre pour maintenir la paix, cela aboutit malheureusement à la mort de nombreux innocents, ou lorsque les scientifiques font des expériences médicales en torturant les animaux afin d’améliorer le sort des humains, ou encore, lorsque les religieux demeurent dans le secret des dieux pour le bien de l’Église et de la chrétienté. Chaque être humain, sans exception, possède cette caractéristique de faire le bien en passant par le mal et, heureusement, nous n’utilisons pas tous cette stratégie.
Thierry ROLLET : « Le mal dans sa divinité » est illustré par les oeuvres de William Blake. Ce peintre était sujet, dès l’enfance, à des visions mystiques, mais comment expliquer que son éducation rigoureuse ait pu le conduire à des visions dignes de Salvador Dali, telles qu’on les voit dans votre recueil ?
Francine MINVILLE : Les oeuvres de Salvador Dali ne me touchent pas personnellement contrairement à celles de William Blake ce qui, bien entendu, n’enlève rien à l’incroyable talent de Dali. Dans les oeuvres de ce dernier, on y retrouve souvent l’abstrait, le cubisme et le dadaïsme, formes et mouvement qui n’existaient pas au 18e siècle. De plus, ses oeuvres étaient souvent sombres, mais tout à la fois très colorées et elles n’ont rien à voir avec le mysticisme.
Dans les oeuvres de Blake, il y a une profondeur inégalée, voire illuminative. Je comprends vivement les messages de celui-ci. Je peux ressentir ce qui le hantait, la vision du monde qu’il avait. Lorsque je regarde et que le lis ses oeuvres, j’ai l’impression de ressentir sa présence. Pour tout vous dire, je suis fascinée par ce personnage et c’est l’une des raisons pour laquelle je me suis lancée dans l’écriture d’un scénario sur la vie de ce grand peintre et poète.
Thierry ROLLET : On pourrait également s’étonner que ses parents l’aient encouragé dans sa vocation artistique, car la doctrine puritaine se méfiait avant tout de la création artistique en général, quitte à l’enfermer dans des voies étroites. N’y a-t-il là, rien de paradoxal ?
Francine MINVILLE : Oui en effet, les parents de William étaient extrêmement sévères face à son éducation, mais il ne peignait pas dans son jeune âge des oeuvres controversées comme celles qu’il peignait à l’âge adulte, ce qui explique les encouragements artistiques que lui prodiguaient ses parents.
Thierry ROLLET : William Blake était un libertaire, refusant le dogmatisme, luttant contre l’oppression. Je crois que ces thèmes vous sont chers. Vous définissez-vous, par conséquent, en parallèle avec sa pensée et ses aspirations, tant artistiques que morales ?
Francine MINVILLE : Oui tout à fait, la pensée qu’avait Blake ainsi que ses aspirations me rejoignent fortement. Malgré que l’on vit à une époque où la liberté d’expression nous est permise, je dois tout de même me contenir face à mes convictions. Je suis pour la liberté absolue et en tout genre, mais tout en demeurant respectée et respectable. Je rêve d’un monde où la thèse serait : « Bannissons la servitude et que la liberté soit faite comme elle se doit ». Si j’avais vécu à l’époque de Blake, on m’aurait sûrement brûlée vive !
Thierry ROLLET : Vous avez mentionné plus haut que vous étiez à l’écriture d’un scénario sur la vie de William Blake. Où en êtes-vous dans ce projet ? Avez-vous déjà pris des contacts avec des producteurs, des réalisateurs, etc. ?
Francine MINVILLE : En effet, je suis présentement à l’écriture d’un scénario qui s’échelonnera sur plusieurs mois étant donné que celui-ci sera un long-métrage. Je suis d’ailleurs à la recherche de financement qui me permettrait de prendre une année sabbatique afin de me consacrer uniquement à l’écriture de celui-ci.
À ce jour, j’ai pris des contacts avec un réalisateur ayant fait ses preuves jusqu’à Cannes, ainsi qu’avec un très grand producteur en France et un comédien français de renommée internationale. Je suis très heureuse, car j’ai réussi à faire presque l’impossible, c’est-à-dire à parler au téléphone, d’un continent à l’autre, avec des personnalités d’une très grande importance. Par contre, vous comprendrez que je dois taire les noms de ces derniers jusqu’à ce que le projet se concrétise.
J’aimerais que le film soit réalisé par une équipe française puisque les artisans du milieu cinématographique de ce pays sont très talentueux.
Thierry ROLLET : Avez-vous d’autres projets d’écriture ? Si oui, sous quelles formes d’inspiration ?
Francine MINVILLE : J’ai un troisième recueil de poésie en cours d’écriture qui s’intitulera « Sérum de vérité ». J’essaie tant bien que mal de le terminer, mais avec mon travail à temps plein à la Commission scolaire de Montréal et mon projet de film, le temps me manque. J’ai développé aussi le goût pour la peinture abstraite. C’est une autre forme d’expression qui me plait beaucoup, mais encore là, il me faudrait plus de 24 heures dans une journée pour tout réaliser.
J’aimerais également écrire un ouvrage concernant les failles et les lacunes dans notre système de santé au Québec, car rien ne va plus de ce côté-là. Mais j’attendrai certainement ma retraite pour entamer l’écriture de celui-ci. Actuellement, le plus important est évidemment l’écriture de mon scénario. Ce projet de film me tient réellement à coeur et il me tarde de le voir éclore et jouer au grand écran.
Merci, Francine, de nous avoir accordé cette interview.
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par Thierry ROLLET
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