Entrevue avec Artur MICHALSKI, auteur de Beautés abyssales

1 mars 2010 21h42 · Guy Boulianne

Par Thierry ROLLET

Thierry ROLLET : Bonjour, Arthur. Pourrais-tu nous parler de la genèse de ton livre (conditions de rédaction, de publication…)

Artur MICHALSKI : Bonjour Thierry et Merci de m’accorder cette interview. Concernant mon livre, j’ai pondu, il n’y a pas d’autre mot, mon tout premier texte à l’âge de 18 ans. Une amie m’informait de ce qu’elle quittait la faculté de droit ou j’étais alors étudiant. Cette nouvelle m’a bouleversé. Je suis descendu à la bibliothèque et ai écrit UN DEPART en cinq minutes. Pour les autres textes, c’est en écoutant de la musique que me venaient mes idées et que mes émotions remontaient à la surface. 

Chaque texte a été écrit en un seul jet, et encore aujourd’hui je sais tout de suite si un texte sera bon ou non, dès les premières lignes. Si les émotions ne sont pas assez fortes et que je ne suis pas dans un état spécifique, je n’arrive pas à écrire. J’ai donc collectionné tous mes textes, en en perdant quelques uns en route. Puis, un jour, après avoir passé le chemin des « maisons d’éditions à compte d’auteur » j’ai croisé les éditions dédicaces. Et ce choix fut le bon. 9 ans d’une vie s’étaient écoulés…

Thierry ROLLET : Parle-nous maintenant de ton parcours d’auteur. As-tu déjà publié d’autres ouvrages, d’autres genres de textes, en livre ou en revue(s) ?

Artur MICHALSKI : J’en suis à mon tout premier livre et n’ait jamais été publié auparavant. Concernant les textes, j’essaie sans cesse de me renouveler, d’utiliser des phrases construites différemment, de trouver des idées originales pour faire passer le message du cœur, tout simplement.

Thierry ROLLET : Ton recueil est composé, dis-tu, de « textes et réflexions ». Mais, à leur lecture, on a souvent le sentiment qu’il s’agit de poèmes en prose. Quelle différence fais-tu entre ces « réflexions » et des « poèmes en prose » ?

Artur MICHALSKI : Pour moi, la Poésie n’est qu’Une. Elle appartient à ceux qui maîtrisent parfaitement l’écriture en vers et ses techniques. Il est vrai pourtant que beaucoup de gens font référence, lorsqu’ils parlent de mon livre, de prose poétique. Ils y trouvent un lyrisme certain. Je pense que cela est du au fait que mes phrases ont un rythme, une construction, quelque chose qui les fait chanter. Qui les fait vivre. Une musique littéraire si l’on peut dire. J’accepte cet état de fait. Pour autant, sur un plan strictement littéraire, mon style est, et reste, de la prose. Je serai bien incapable d’écrire un INITIALS B.B de Serge Gainsbourg ou un FANTOMES de Victor Hugo. Ca c’est de la Poésie !

Thierry ROLLET : Quelles sont les parts entre réflexion et création dans ton écriture ?

Artur MICHALSKI : La création entraine la réflexion. Je dirais 50 pour cent. Il y a tout d’abord un sentiment, triste, mélancolique, ou joyeux (ce qui est rare ! – rires) Ensuite, en partant de mon idée de départ, j’essaie de voir les questions qu’une telle création peut entrainer. L’un ne va jamais sans l’autre et l’un n’est pas plus important que l’autre. La création, partir du néant, d’un sujet qui par exemple n’a pas été  abordé sous la lumière que je souhaiterai lui donner, est nécessaire pour que se développe la réflexion. D’ailleurs, n’est-ce pas le cas pour tous les créateurs, inventeurs, concepteurs du monde entier ?

Thierry ROLLET : S’agit-il des réflexions d’un promeneur solitaire ? Serais-tu un Rousseau moderne ? Comment te définis-tu en tant qu’auteur de ces textes ?

Artur MICHALSKI : Belle question ! Je dirais Non. Les rêveries commencent par une phrase qui ne me ressemble pas du tout « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même » Et le reste du livre n’est pas moins joyeux, très « self-centered » comme diraient les anglo-saxons. Je pars d’un postulat tout autre. Ma tristesse apparente n’est que due au fait qu’il m’est parfois difficile d’accéder à l’autre, qui pour moi, existe dans ce monde et qui est la chose la plus importante à conquérir. Aucun de mes textes ne rejette l’autre, il le cherche, le fustige, le dénigre lorsque son comportement dérive. Mais il reste l’autre. Celui par et pour lequel moi j’existe. Celui par et pour lequel j’essaie de m’améliorer, moi, quitte à remettre en question mes propres idéaux. Je ne suis donc pas un Jean-Jacques Rousseau moderne si la réflexion s’arrête aux rêveries. Je suis celui qui recherche l’autre sans cesse, qui veut le comprendre et l’aimer, l’aider à ouvrir son cœur et à devenir moins étroit d’esprit. Voilà mon unique et seule démarche en tant qu’auteur, et, plus modestement en tant qu’être humain. Car transposer sa propre philosophie dans la réalité est une tache dantesque…

Thierry ROLLET : Quelle est au juste la part du cœur et des sentiments dans ces textes ? Y en a-t-il que tu as voulu accentuer particulièrement ? Pourquoi ?

Artur MICHALSKI : La place du cœur est centrale. Nous avons tous, je le pense, un moi externe et un moi interne. Le moi externe s’exprime au quotidien. Pour autant, lorsque l’on pleure, que l’on est ému, que l’on est mélancolique, là le moi interne refait surface. Il faut comprendre que je ne suis pas l’auteur de ces textes, je n’en suis que le reflet. L’auteur véritable se nomme Le Lionceau et il est mon cœur, tout simplement. Quant à accentuer les sentiments, je ne cherche pas à les accentuer, ou bien je ne m’en rends pas compte. Si tel est le cas, je dirais que c’est dans la reconnaissance de son désespoir que repose l’espoir. L’inverse est peut-être vrai. Donc, en mettant en avant la tristesse, le désespoir, la colère, le dégout, je cherche à savoir ce qui ne va pas autour de moi et à m’améliorer et à comprendre l’autre. Toujours. Le chemin est long mais la lumière est là !

Thierry ROLLET : S’agit-il d’une invitation à suivre un autre mode de vie ou seulement d’une observation globale du monde et de la vie ?

Artur MICHALSKI : Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il est possible de convaincre les gens de changer. Convaincre autrui de vivre un autre mode de vie ce n’est pas prendre en compte ce que lui il ressent, et il ya donc viol. Je ne suis pas sur que là soit la bonne solution. En revanche, dire à autrui ce que je pense de lui, de telle situation, de ce que je vois autour de moi, de ce qui me plait ou de ce qui ne me plait pas, c’est lui faire prendre conscience de son moi et donc le faire évoluer. L’échange entre êtres humains est fondamental. C’est donc une observation sur le monde qui m’entour que je fais en espérant que cette humble, et très subjective vision, puisse faire réfléchir. Après, le reste ne m’appartiens plus. Si j’aurai réussi à faire réfléchir ne serait-ce que quelques personnes, alors j’aurais rejoins la vision qu’a Max Von Sydow du cinéma et de la création en général, et je serais Heureux.

Thierry ROLLET : Pourquoi ce terme « abyssales » ?

Artur MICHALSKI : Parce que la mer a quelque chose de sublime dans ce calme, dans ces profondeurs insoupçonnées. Et que le but de mes textes est de faire vivre, sur un plan littéraire mon cœur et donc de faire battre celui des autres. Et que l’on ne peut y arriver en utilisant un style d’écriture « classique » Enfin, chaque texte a pour but de dépasser les apparences que veut bien nous donner la vie, que veulent bien nous donner les autres. Et pour dépasser l’apparence de la mer, pour la découvrir, il faut bien plonger, et plonger encore. Avez-vous vu les êtres sublimes des profondeurs océaniques ? La beauté à l’état pur ne réclame t-elle pas un effort et le dépassement des limites apparentes que les lois de la physique nous ont données ?

Thierry ROLLET : Pourquoi parler de « beautés » ? On ressent surtout de la mélancolie à la lecture de ces textes, alors que la beauté serait plutôt synonyme de joie… ?

Artur MICHALSKI : Ah ! Cher Thierry ! Voyons, une phrase dans votre vie ne vous a-t-elle pas marquée  plus qu’une autre au fer rouge ? « L’essentiel est invisible pour les yeux » Et ce petit prince, passionné d’éclipses, de couchers de soleil ? Votre cœur d’enfant se remet-il à battre ? Voilà ma réponse. Beautés et tristesse ne sont pas du tout incompatibles. Qu’y a-t-il de plus beau qu’une fille qui pleure ? Une de celles que l’on peut réconforter en la prenant dans ses bras ? Et les chansons ? « Au suivant » de Jacques Brel n’est-elle pas triste ? Et n’est-elle pas belle ? Les vies de ces artistes n’ont-elles pas été tristes ? Leur œuvre pour autant n’en a pas été t-elle belle ? Si, et les noms à l’infini  me viennent en mémoire ! La beauté est toujours là où le cœur de l’être humain souhaite la trouver. Qu’elle soit gaie, triste voir même horrible n’a que peu d’importance. Ce qui compte c’est ce que le cœur humain en fait. Le reste, c’est de la subjectivité oibjective…

Thierry ROLLET : As-tu d’autres projets d’écriture ?

Artur MICHALSKI : Oui bien sûr, je suis actuellement en train de préparer un autre recueil de textes, dans la même veine cave que celle de « Beautés Abyssales ». Et toujours avec cette volonté de montrer au lecteur que malgré la tristesse apparente de mes textes, tous renvoient un message d’espoir, de compréhension, d’amour et de paix. C’est surement IN (comme dirait Serge) en ce moment de catastrophes et de guerres, mais c’est pourtant le seul message qui me vienne. Et tous mes autres livres auront ce fil d’Ariane en commun.

- Merci, Artur, de nous avoir accordé cette interview.

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Entrevue réalisée par Thierry ROLLET
Agent littéraire et Directeur de
Scribo Masque d’Or

Site officiel de Artur MICHALSKI :
nowhereland.site90.net

Éditions Dédicaces :
http://www.dedicaces.ca

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