Jérôme – Jean Pierre Martinet

21 mars 2012 12h54 · Denis Billamboz

Un livre trop, trop gros, trop touffu, trop verbeux, trop monolithique, pas assez aéré, étouffant, envahissant, mais un livre qui ne serait pas ce livre à part, exceptionnel dans son écriture, dans sa fascination, dans sa magie, s’il était autrement. Une avalanche verbale allant jusqu’à l’invention de mots qui ne figurent dans aucun dictionnaire, un flot de mots mais pas un flot tumultueux comme un torrent, un flot envahissant comme le Nil quand il noie la plaine égyptienne, un flot de boue qui recouvre tout sur son passage.

Jérôme, Jérôme Bauche, géant quadragénaire et adipeux, d’un quintal et demi, mal sorti de l’adolescence, toujours dans les jupes de Mamame, sa mère, qui essaie de lui trouver un travail pour le tirer de sa solitude, de ses bandes dessinées pour adolescents,  de sa goinfrerie et de ses obsessions sexuelles pour les filles très jeunes, trop jeunes, et surtout de sa fascination pour Polly l’archétype de ces petites collégiennes qu’il séduit avec de l’argent. Polly la fille idéale mais polissonne qu’il a construite dans son esprit déséquilibré et qu’il poursuit sans cesse à travers Paris, dans la banlieue de Saint-Pétesrbourg, pour assouvir ses instincts sexuels et son amour passionnel.

Il étrangle le fabricant de fleurs en papier appelé par sa mère pour lui procurer un travail et, après une altercation d’une violence verbale inouïe, Mamame est foudroyée par une crise cardiaque, il commence alors une longue errance à travers Paris pour retrouver sa Polly. Mais il n e rencontre que des personnages abjects, habités par le vice et la méchanceté ; composant une société sordide qui est encore plus répugnante que le héros lui-même. « Je me sentais vivant maintenant, plus vivant que ces fantômes blafards qui se rendaient au boulot sans même penser à se révolter. »

Un texte écrit à la première personne qui réussit bien à mettre le lecteur dans la peau de ce quintal et demi de chair molle qui refuse la vie de ces « fantômes blafards » car, pensait-il : « J’étais un être supérieur, mais j’étais le seul à le savoir… ». Un texte qui vomit un monde désespéré, souillé, par des  pratiques sexuelles dégradantes, dégoûtantes, un monde futile, puéril, comme une partie de billard électrique, qui n’offre aucune possibilité d’espoir. La haine y atteint son paroxysme, la solitude est le lot de chacun, même la transgression est interdite dans cette normalité médiocre. Jérôme ne peut pas évacuer les frustrations qu’il a connues, les persécutions qu’il a subies, la culpabilité qu’il éprouve après avoir poussé sa mère dans l’escalier, les complexes que son poids nourrit, même dans l’humiliation et l’avilissement qu’il recherche. « Un jour, la grenade va éclater et ce sera fini. »

Un récit très charnel, sexuel, sordide, répugnant mais une écriture remarquable, remplie de formules et de constructions inventives (phrases inachevées, ….) « Les mots eux-mêmes copulaient entre eux. » Je n’ai pas pu résister au plaisir de lire certains passages à haute voix pour déguster sa musique. Un texte à entendre, à lire à haute voix tant les phrases chantent bien même si le contenu est abominable. Nous pardonnerons à Martinet cette débauche d’horreur et de sordidité, car son livre est grand, même s’il n’est pas toujours agréable de se vautrer dans la fange de sa lecture. Et pour ceux qui n’aurait pas aimé : « Une histoire c’est pour moi tout seul. Alors désertez si vous vous sentez de trop. »

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