La ville de Segelfoss – Knut Hamsun

4 février 2012 14h55 · Denis Billamboz

Segelfoss, une petite ville tout au nord de la Norvège, dans le Nordland, une ville isolée, coupée de tout, reliée à la civilisation par le seul (ou presque) bateau postal qui passe régulièrement dans le port pour amener marchands et saltimbanques qui colportent les marchandises amis aussi les idées nouvelles et des informations sur le monde extérieur. Knut Hamsun, créé cette ville pour y installer une micro société, vivant en vase presque clos, qui pourrait-être un condensé de la population européenne du début du XX° siècle, ce livre ayant été publié en 1915 et relatant des événements qui auraient pu se dérouler vers 1905.

Dans ce récit l’auteur raconte comment une société agraire, autarcique, dominé par des nobliaux ruraux avec le service d’une petite noblesse de robe, se transforme rapidement en une civilisation moderne sous l’impulsion de hardis marchands qui investissent et conquièrent de nouveaux territoires pour étendre leur pouvoir et leur fortune. Il nous montre comment la noblesse locale s’est délitée progressivement et a laissé la place à cette bourgeoisie marchande, mal dégrossie, qui a besoin d’une main d’œuvre constituant rapidement un petit prolétariat local. Les métiers disparaissent et les artisans deviennent des ouvriers à la solde des bourgeois affairistes. Les fonctionnaires ont remplacé les petits nobles dans les tâches intellectuelles.

L’apparition des nouvelles classes, la disparition ou l’affaiblissement des autres, la consommation, la spéculation provoquent une transformation des valeurs sociales et une évolution des mœurs qui perturbent cette société refermée sur elle-même. Les classes émergeantes moins attachées à leur sol, plus soucieuses de paraître, de posséder, de montrer qu’elles possèdent pour ne pas perdre, ou gagner encore, du crédit, sont plus attirées vers le sud qui apparaît comme une sorte d’Eldorado qu’il faut rejoindre pour mieux vivre. Ainsi l’instauration d’une nouvelle organisation sociale favorise la mobilité géographique, contribue à la dévalorisation des provinces éloignées, participe à l’altération du milieu naturel qui est moins respecté qu’auparavant.

Un roman social, nordique, plus social que nordique, solide, bien construit avec une écriture lente, fouillée, démonstrative, qui explique avec précision pour que le lecteur comprenne bien le processus social en cours. Un roman prémonitoire qui expose déjà une bonne partie des évolutions qui affecteront la société du XX° siècle. Un texte typique de la littérature sociale qui a été produite dans toute l’Europe de la fin du XIX° au début du XX°. Et, j’ai eu l’impression que ce commerçant opiniâtre qui développe sans cesse son affaire, pourrait-être un Buddenbrook norvégien.

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Denis Billamboz

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