Le trépasseur – Eoin McNamee

4 décembre 2011 11h59 · Denis Billamboz

Ce roman est avant tout une chronique de Belfast dans les années soixante-dix, quand la lutte entre les deux communautés religieuses et les divers factions, milices, groupuscules, etc…, manipulés par des forces extérieures, étaient à son paroxysme, que les assassinats, exécutions et autres violences étaient monnaie courante et que la terreur était quotidienne et banale. Quand Victor Kelly, un fils de catholique, persécuté par ses camarades de classe protestants qui le traitaient de « taig » – catholique –, fasciné par le cinéma, surtout par les films évoquant le gangster Dillinger, voulait se faire passer pour plus protestant que les extrémistes protestants et, avec quelques seconds couteaux, avait constitué un petit groupe pour intimider, menacer, corriger, estropier, torturer, assassiner, exécuter tous ceux qui n’étaient pas fidèles à sa cause. Il se croyait investi d’une mission divine pour éliminer les catholiques. Et ces meurtres perpétrés au couteau, arme des puristes contrairement à l’arme feu qui n’est que l’outil du pleutre et du faible, génèrent la  peur dans le milieu, dans les institutions qui essaient de maintenir un semblant d’ordre, et dans la presse qui préfère ne pas voir. Seuls deux journalistes essaient encore de comprendre qui tue de cette façon, pour quoi et pour qui ?

McNamee a trempé sa plume dans le sang pour écrire ce roman râpeux comme un whiskey trop jeune, trouble comme un petit matin brumeux sur Belfast, cynique comme un couteau qui découpe sans tuer.  Un roman mis en scène comme un film, qui se réclame du cinéma noir américain du début de l’autre siècle mais qui évoque aussi les « Entre-morts » ces bandits d’Edimbourg qui, à une autre époque, n’hésitaient pas à fabriquer des cadavres pour alimenter les laboratoires londoniens.

« C’était comme un truc qu’on voit dans les films », le tableau de la vie ordinaire d’une ville baignée dans la terreur quotidienne où grouillent toutes sortes de forces parallèles plus irrégulières les unes que les autres, où la violence est la seule loi, où le sadisme devient une échelle de valeur. Une descente vers les enfers, une banalisation de la violence et quelques questions qui resteront à jamais sans réponses : qui est responsable, qui est coupable, qui n’a pas voulu voir ? En attendant, les familles explosent, les classes sociales se décomposent et la société se délite.

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Denis Billamboz

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