Des raisons d’avoir tant aimé

15 juin 2009 12h44 · Céline Lenoir

Il n'y a pas que son Prénom qui prédestinait Marie Tifo, l'excellente, la magnifique pour tenir le rôle de Mère Marie de l'Incarnation car le  talent et l'  âme de cette MERVEILLEUSE  COMÉDIENNE  y sont  pour  beaucoup!

 Est-ce utile de mentionner que Madame Tifo sait magistralement  bien projeter , au point que  nous ne manquons pas une parole , pas un seul mot,  même assise (pour ne pas  dire, "juquée" comme je l'étais dans l'horrible "paradis"  si justement nommé à  cause  de la multitude  de marches à gravir et à  redescendre pour arriver à "gagner son paradis" . Malgré tout, je crois qu'on devrait plutôt l'appeler "l'enfer". Quand j'avais 16  ans et que cette belle salle  se nommait , la Comédie canadienne, on appelait cet endroit  du théâtre,  le "pit " et je ne le trouvais pas si infernal…l'âge  ayant fait  des  siennes sur moi,  tout a  changé, à mes yeux, y compris le pit

Mais là n'est pas l'essentiel de mon propos, non pas du tout! Imaginez donc que j'ai  adoré malgré ces petits inconvénients qui se confondaient  plutôt  bien avec les  affreux  supplices que s'infligeaint  la chère éducatrice  des petites "sauvagesses" tant aimées de cette dernière et de leurs  parents .  Et croyez-moi, dans la  bouche  de Marie Tifo de l'Incarnation, l'expression  "sauvagesse" , n'avait  aucune consonnance méprisante. Bien au contraire!

Il valait  vraiment la peine de souffrir un peu de ce maudit mal des os qui m'affligeait plus que de coutume, (coincée  dans cette affreuse chaise de torture du "paradis"  qui doit être, sans doute, considérée comme une espèce de purgatoire avant l'apothéose finale de la mort de Marie de l'Incarnation, je suis même presque convaincue d'avoir  gagné des indulgences  en ce samedi, après – midi de l'an 2009) pour voir  avec quelle aisance  la comédienne se  transforme  en incarnant  la religieuse  à  différents âges de sa vie. Le timbre de voix,  l'attitude, la démarche des différentes étapes de sa vie…tout était parfait! 

La correspondance d'une mère avec son  fils est le fil conducteur de  cette représentation qui la fait  revivre pour nous, les privilégiés ( ceux du pit ,y compris) de la jeunesse à la vieillesse en n'omettant pas  les moments d,intimité et d'extase  qu'elle vivait dans les moments   o'u elle se donnait à son divin époux, pour en arriver  au  dernier  jour de sa  vie .

Il est  tout à fait compréhensible que cette femme unique, cette pionnière de l'éducation en Nouvelle-France, considére, à juste titre, cette fin de vie comme une  délivrance  dans le contexte difficile  de sa vie au  Canada  aussi bien qu'en France  ayant été  mariée à l'âge ou les petites filles ne sont pas encore tout à fait des  adolescentes et ayant vécu, par la suite tant d'autres péripéties  éprouvantes et quasiment inhumaines..

 Le talent exceptionnel et l'intensité de Marie Tifo suffisent à eux seuls, à nous  faire connaître davantage et aimer Marie de l'incarnation. En poussant plus loin la réflexion, je me dis que cette femme est représentative des  pionnières venues ici, au Québec portées par leur générosité et certainement aussi  leur candeur  alimentée  par le clergé et les hautes instances de ce temps. Ceux-ci y voyaient leurs intérêts très  bien  servis. Ce qui caractérise grandement, Mère  Marie de l'Incarnation est cette extraordaire soif d'absolu et ce courage inébranlable  dont elle a fait preuve tout au cours de son existence.bien sûr d,autres femmes de cette époque de la colonisation ont  laissé  des mémoires  par écrit  mais de toutes celles qu'un tel  sentiment habitait, elle  seule aurait  tenue  un correspondance   mais qui sait…il serait  fascinant de poursuivre les recherches à ce  sujet avec la même honneteté que celle de l'auteur de Déraison d'amour..

Je revendique pour Marie de  l'incarnation et  pour Marie Tifo, le paradis… s'il existe… Et, très sincèrement, je le leur souhaite! Mais pour madame  Tifo, il est heureusement, encore  bien temps de lui souhaiter le paradis  sur  terre!Je vous confie, pour terminer que je me serais  passé de l'abondance  des  maniements de costume qui nous  distrayaient en nuisant à la dramaturgie ainsi que de quelques effets techniques impressionnants, certes mais  bien superflus, quand on sait que  toute seule et  sans  tous ces  artifices,  l'actrice, saurait divinement incarner, eh! oui… Marie de l'Incarnation .

Grand merci à tous les  artisans de cette magnifique pièce historique!

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