12 mars 2009 15h00 · Céline Lenoir
À propos l'article Voir Charge de l'orignal épormyable (La)
Je n'ai pas aimé et pourtant, j'aime la poésie!
Gauvreau et le Refus global: auteur et mouvement effectivement indissociables. Pour la jeune femme dans la vingtaine que j'étais, à l'époque des années 1970, l'humain et l'auteur confondus était perçus l'un comme l'autre, presque comme un dieu, un être mythique injustement bafoué, un nouveau christ immolé, celui qui, avec ses apôtres, les signataires du Refus global,changerait le climat pathétique, ennuyeux et étouffant du québec des années 50. Il était effectivement, de ce magnifique groupe d' artistes passionément engagés qui furent jugés et méprisés par les bien – pensant de l'époque pour avoir signé et rédigé le REFUS GLOBAL. Ce manifeste mécontentait les dirigeants ecclésisastiques et politiques de l'époque car il exprimait le désir profond des signataires de sortir le peuple québécois de la léthargie dans laquelle il était plongé depuis des décennies et leur besoin impérieux de mettre de la lumière dans cet obscur et interminable hiver de noirceur décrété et maintenu sous peine d'excommunication et d'enfer éternel pour ceux qui voulaient y changer quelque chose .
Mais a-t-on raison, aujourd'hui encore de placer le dramaturge et poète sur l'autel de ce dieu torturé, au flanc transpercé et immolé comme s'il devenait l'icône d'un nouveau christ ? J'aurais aimé qu'on rende à Claude Gauvreau ce qu'on lui doit mais tout autrement.
Je m'interroge, me demandant s'il est utile de porter aux nues, le poète qu'était Gauvreau bien qu'il ait, sans aucun doute dû supporter réellement ce mépris et ces souffrances dans un climat aussi cloisonné que celui de cette époque. Il n'est pas du tout blâmable que l'auteur dramatique se soit identifié à une victime sacrifiée sur l'autel de la bêtise et de la méchanceté humaine avec, en plus la peine qu'il vivait après la mort brutale de la femme aimée. Cependant ce qui me dérange ici, c'est cette façon de se rouler dans le sordide qui caractérise la mise en scène de ce texte dramatique en particulier dans la finale.
Je me souviens qu'à l'époque, des années 70 tout comme aujourd'hui , j'aimais tout ce qui se rapprochait de la poésie, tout ce qui était unique et innovateur et qui avait le bonheur de nous tirer de notre léthargie et je n'ai guère changée,du moins pas fondamentalement. Mais ce soir-là,au sortir, de la représentation de la pièce de Gauvreau au TNM, je ne suis pas embarquée dans le mouvement dithyrambique porté par les crittiques d'art actuels.
Qu'est-ce donc qui a cloché, pour moi, au niveau de la représentation de "La charge de l'orignal épormyable" mise en scène par Lorraine Pintal ? Le texte , le jeu des acteurs? J'en doute car ils étaient, pour la plupart, excellents. Ce pourrait-il que ce soit la mise en scène spectaculaire avec ses énormes effets spéciaux de la fin, particulièrement grotesques??
Chose certaine, il me faudra lire le texte d'un bout à l'autre pour savoir si l'auteur souhaitait réellement qu'on y magnifie à ce point, le sordide. Cet aspect de la finale m'a fait oublier le regard très poétique pourtant jeté sur l'oeuvre dès le début de la prestation par les créateurs, la scénographie en faisant foi. Gauvreau a t-il vraiment écrit dans ses didascalies qu'il fallait autant d' immolations et de sang , a-t-il souhaité qu'on se roule à ce point dans le sordide… Je me demande s'il serait-il heureux de cette mise en scène … Lire le texte entièrement, m'est nécessaire pour éclaircir ce point mais pour le moment, tout ce qu'il m'est possible de dire cest que j'ai embarqué pendant un certain temps. J'aime l'orignal loyal, constant et courageux incarné, cette fois-ci par François Papineau. Évidemment, l'acteur était excellent, extraordinaire même, comme il l'est, la plupart du temps! Et bien sûr,Céline Bonnier cette comédienne-née, cette magicienne du jeu et de l'incarnation des personnages, était une fois de plus, méconnaissable grâce à son don de se métamorphoser pour devenir, pour incarner cette autre qu'on lui demandait de personnifier. J'aurai aimé pour le personnage interprété par Pascale Montpetit, un peu plus de profondeur…il faut bien dire que le premier costume nuisait aux élans et à la crédibilité des sentiments de la jeune femme lunaire.Je dois aussi avouer que les sobriquets simplistes dont Gauvreau a affublé les personnages m'ont beaucoup rebutée (ex: Becket-bobo, le pire de tous). Ceux-ci donnent un aspect très burlesque aux personnages mais sans doute, cela était-il voulu de l'auteur.
Voilà c'est dit !
Croyez-moi, j'ai attendu un certain temps pour rédiger ces commentaires… après avoir été témoin de la douleur de ce pauvre être épormyable à qui on a enlevé celle qu'il aimait pour la tuer sauvagement sous ses yeux, pour ensuite l'humilier,le tyraniser, le transpercer à mort et le tourner en ridicule même apres sa mort .
Définitivement, je suis horrifiée par la chasse à l'homme et le dépeçage autant dans la réalité que sur scène. Et bien davantage quand ceux qui nous présentent ces images semblent s'en gargariser et s'en repaître. Ils perdent,alors ,à mes yeux toute crédibilité… Pourtant quand la violence n'est pas présentée gratuitement mais bien pour être dénoncée , j'adhère totalement. Avec cette mise en scène, cependant, je crains bien que cela devienne une façon de se complaire dans le sordide! De toutes manières, je suis convaincue qu'il est nécessaire de lire ou relire Gauvreau pour savoir si, en ce moment, il se retourne ou non dans sa tombe…
J'aurais aimé comparer les premières productions de" La charge de l'orignal épormyable" avec la dernière. La mise en scène de Ronfard et l'interprétation du personnage principal par Jacques Godin m'intriguent et je regrette de n'avoir pu voir le travail de ces deux artistes de très grand talent .
Les premières versions de La charge de l'orignal épormyable correspondaient-elles à la vision de Claude Gauvreau ? Celle des créateurs du tnm en 2009 , y correspondent–elles davantage ou pas du tout?
Toutes ces interrogations qui me viennent demeureront toujours sans réponse!!!