18 juin 2010 12h56 · Claude Perrier
Peut-être en raison d'une habitude bien ancrée en nous, une habitude ancestrale en quelque sorte, nous avons comme un petit côté aubergiste en nous. Nous sommes des gens accueillants, tout ce qu'il y a de plus disposés à rendre service. Nous sommes un peu comme les Beauchemin dans le roman-phare québécois Le Survenant, de Germaine Guèvremont (1893-1968).
Nous sommes des aubergistes avenants. Et notre auberge québécoise fait dans le tout-inclus, au contraire de l'auberge espagnole "où l'on ne trouve que ce qu'on a soi-même apporté", comme le précise le Petit Robert… Alors, il va sans dire que nous sommes plutôt tolérants, et même très accommodants à l'égard des visiteurs.
Malheureusement, certains venus d'ailleurs, d'horizons parfois lointains, peu habitués semble-t-il à un comportement naturellement affable comme le nôtre, y vont sans vergogne et profitent indûment de notre générosité – tel le devin étant un jour inopinément arrivé au petit village gaulois d'Astérix…
Demande par dessus demande, donc. Et par ici la salle de prière réservée. Et aussi le droit féminin inaliénable de déambuler totalement masquée en public à tous les jours (même si l'Halloween ne se fête en fait qu'une fois par année au Québec). Et n'oublions pas évidemment la préséance que devraient avoir de rétrogrades et répressifs dogmes religieux, pour régir tout ce qui peut ou ne peut pas se faire, plutôt que l'observance de nos lois propres, vraisemblablement trop modernes ou démocratiques.
À moins de vouloir tous finir dans une invivable Tour de Babel, considérant que certains ne seront jamais satisfaits des généreux accommodements que nous leur consentons déjà, en échange d'un peu de bonne volonté de leur part, il va nous falloir, et cela malgré notre tendance conciliante naturelle, mettre enfin les points sur les "i" ainsi que les poings sur la table. Et dire aux intéressés et intéressées: « Voici le programme. C'est à prendre ou à laisser. Si cela ne vous convient pas, adressez-vous alors à une autre auberge que la nôtre… »
Parce que si ces étrangers refusent de se plier à nos us et coutumes, malgré toute la flexibilité d'accommodation que nous leur offrons, tout en insistant pour demeurer à notre auberge en faisant complètement fi de notre manière d'être, alors nous non plus ne serons pas sortis de l'auberge. Avant très longtemps.
Pas de passe-droit pour qui que ce soit, en conséquence.
(Heureusement que ce n'est vraiment qu'une petite minorité de malcommodes venus d'ailleurs qui pose problème. Mais c'est tout de même une petite minorité de trop.)