Tant que ça marche…

6 juin 2010 7h05 · Claude Perrier

Les hommes sont apparemment prédisposés à pouvoir s'adapter aux pires conditions de vie qui soient, pendant aussi longtemps qu'il demeure possible de fonctionner.  Un appartement transformé en capharnaüm, dont une cuisine encombrée de vaisselle sale et de marmites âprement collées empilées dans l'évier, une salle de bain dont il est inutile de tenter une description pouvant refléter l'état véritable du lieu, un milieu de vie duquel toute notion de rangement a depuis longtemps été évacuée, voilà le portrait-type de la caverne habitée par tout homme célibataire avant une éventuelle contamination féminine…

Le leitmotiv ici est d'ailleurs très simple: tant que ça marche

Cela étant, il en découle tout naturellement qu'en matière de santé, les hommes ne sauraient se comporter différemment.  Et puis, comme une visite chez le médecin – en l'absence de bris mécanique incapacitant – ne sera généralement pas considérée comme le moindrement prioritaire, cela explique pourquoi le dérèglement mécanique pourra s'avérer assez avancé lorsque, finalement, les hommes se résoudront à passer voir un toubib.

Malgré tout, ce genre de comportement n'est pas sans certains avantages, aussi étonnant cela puisse-t-il sembler.  Et le plus important de ceux-ci pourrait bien être un niveau très minime d'angoisse.

N'étant pas constamment là à se tâter, à s'examiner sous toutes les coutures, à s'inquiéter au moindre petit malaise passager, les hommes vaquent probablement à leurs affaires la tête significativement moins bourrée de doutes ou d'appréhensions sur ce que pourrait leur réserver de négatif l'avenir que leurs fiancées (selon l'appellation de Pierre Foglia)…

Enfin, lorsque le cas échéant sera détecté un problème mécanique grave, possiblement même irréparable, au moins la chose ne risquera pas de traîner en longueur.  Cela n'étant pas habituellement dans la nature des hommes d'être patients, d'avoir à se plier à trop de ceci et de cela avant d'en arriver au but, une fin d'existence selon un mode expéditif, après une vie plutôt insouciante, voilà qui répond assez favorablement à leur manière d'être.

Et je doute sérieusement que cette manière d'être puisse un jour changer.

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