Souque à la québécoise

16 mai 2010 5h54 · Claude Perrier

À propos l'article Voir Guy Rocher. Entretiens avec François Rocher

Les us et les coutumes diffèrent selon le lieu, c'est bien connu.

Ainsi, au pays de l'Oncle Sam, c'est le chacun pour soi qui a préséance sur le reste.  Nos cousins français, râleurs invétérés, sont pour leur part des contestataires innés, rarement satisfaits de quoi que ce soit et, possiblement, les champions – toutes nationalités confondues – pour ce qui est du déclenchement de grèves parfaitement inutiles à répétition, lesquelles paralysent à chaque fois de larges pans d'activité, et cela pour un tout ou pour un rien…

Et il y a aussi, malheureusement, des tas d'endroits sur la planète où c'est le délire religieux qui façonne le quotidien, répandant une violence absurde et brimant dans leurs droits les plus élémentaires des millions d'infortunés.

Mais ici, au Québec, nous sommes apparemment de fervents adeptes d'une version toute québécoise de cet immémorial sport qu'est le souque à la corde.  Et cette version locale oppose, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle qui soit, la métropole Montréal et les régions.  Ce qui nous permet de nous passer d'adversaires étrangers et de n'avoir ainsi besoin de personne pour que l'on puisse collectivement se nuire.

Ainsi, tandis que chacun critique l'autre et le blâme pour ceci et pour cela, nous en sommes presque venus à développer une culture de l'immobilisme actif.  Un petit pas dans un sens, aussitôt suivi d'un petit pas dans l'autre.  Chacun voudrait que l'autre soit à son image, semble-t-il.  Comme si le Québec n'était pas suffisamment vaste pour accommoder tout le monde!  Et puis, ce faisant, au lieu de profiter mutuellement de nos aptitudes et avantages propres, nous piétinons alors que le monde s'est mis au pas de course.

En fin de compte, j'en arrive personnellement à la conclusion qu'il est futile de chercher une culture québécoise commune.  Il n'y en a pas.  Il n'y en aura jamais.  Mais cela devrait du coup constituer notre plus grande force, soit la diversité.  Ce qui pourrait nous permettre de nous adapter rapidement à tout, de pouvoir saisir quantités d'occasions variées se présentant, de toujours avoir une longueur d'avance sur la concurrence de plus en plus féroce venant d'ailleurs.

Nous avons – sous la main – tout ce qu'il nous faut pour réussir brillamment.  Ne nous manque plus qu'à le reconnaître enfin.  Et à cesser au plus tôt ce jeu hautement nuisible pour notre avenir qu'est ce souque à la québécoise.

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    Jean-Serge Baribeau 17 mai 2010 · 14h24

    MONSIEUR PERRIER!

    Votre texte est excellent et il correspond pas mal à la réalité. Mais je pense quand même, quant à moi, qu’il y a une culture commune «minimale» qui, plus ou moins consciemment, plus ou moins souterrainement, caractérise et guide les Québécois. Nous sommes un peuple curieux, chaleureux et hospitalier, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des exceptions. Nous sommes «relativement» ouverts sur «l’ailleurs», sur d’autres cultures et manières de vivre.

    Sauf exceptions (parfois nombreuses), nous valorisons la langue française et nous condamnons la misogynie, le sexisme et l’homophobie. Sauf exceptions nous croyons que la violence n’est pas le moyen idéal pour régler les problèmes, ce qui ne signifie pas qu’il y a une absence totale d’hommes (et de femmes) qui recourent allégrement au coup de poing sur la gueule ou à d’autres formes de violence, parfois mortelles.

    Intéressante et éclairante est votre image ou métaphore de LA SOUQUE À LA QUÉBÉCOISE.

    Je pourrais tenter d’illustrer un peu plus ma pensée mais comme je suis en convalescence (rien de grave), je suis un tantinet paresseux et épuisé.

    Mes meilleures salutations encore une fois, monsieur Perrier!

    Jean-Serge Baribeau

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    Claude Perrier 17 mai 2010 · 15h56

    Un gros merci, Monsieur Baribeau!

    Et vous avez absolument raison d’écrire tout ce que vous m’écrivez.

    Pour ma part, je n’ai surtout fait que donner un petit son de cloche qui me semblait pertinent. Sachant fort bien que bien d’autres considérations devraient également venir ajouter au portrait global.

    Enfin, j’espère que votre convalescence va bien.

    (Pour ma part, depuis la bataille (inattendue) que j’ai eu à mener contre le cancer depuis 2003, avec des mois de traitements pénibles et une opération de 14 heures, suivie de 10 jours d’hospitalisation, je suis évidemment très compatissant envers tous ceux qui traversent une « mauvaise passe ».)

    Merci de vous intéresser à ce que j’écris.

    Claude Perrier

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    Ahmed Mali 5 juin 2010 · 17h26

     »Nous avons – sous la main – tout ce qu’il nous faut pour réussir brillamment. Ne nous manque plus qu’à le reconnaître enfin. »

    Vous vous êtes arrêté là où cela devenait vraiment intéressant. Donnez-nous à lire sur ce sujet, M. Perrier, on apprécierait.

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    Claude Perrier 6 juin 2010 · 09h31

    Merci pour votre commentaire, Monsieur Mali.

    Ce que nous avons sous la main, pouvant nous permettre de réussir brillamment dans un monde terriblement concurrentiel, c’est cette diversité de cultures sur notre propre territoire québécois.

    Certains considèrent cela comme étant préjudiciable à l’identité québécoise d’antan, cette identité que l’on voudrait mettre de l’avant et qui est au coeur même de l’idée de « nation québécoise ».

    Mais cette « nation québécoise » s’est beaucoup métissée depuis l’époque de la Révolution tranquille des années 1960. Nous nous sommes enrichis de l’apport de plusieurs cultures venues d’ailleurs. Et, conséquemment, à nos aptitudes et forces propres, sont venues s’ajouter celles de ces nouveaux Québécois, et Canadiens.

    Nous sommes aujourd’hui mieux équipés pour saisir rapidement les occasions pouvant nous être collectivement profitables puisque nous avons des antennes tournées de tous les côtés, à présent. L’immigration venue peupler notre territoire est un facteur positif capable de favoriser notre développement économique, lequel développement s’avère absolument crucial si nous désirons maintenir nos « acquis » sociaux, notamment au chapitre de la santé.

    Mais ce précieux apport de la part des immigrants est trop souvent perçu comme étant problématique, accélérant la dilution de notre identité, transformant le Québec en société trop multiculturelle.

    Ainsi, la métropole Montréal vit beaucoup plus à l’heure du XXIe siècle, ouverte à la diversité culturelle et aux grands enjeux économiques et sociaux, que les régions plus bucoliques du territoire québécois, plus traditionnelles et peu métissées.

    Ce qui mène alors à un certain tiraillement entre nous, les uns ne percevant pas leurs intérêts de la même manière que les autres. Le tout résultant en un « souque à la québécoise » improductif pour tous. En somme, nous avons parmi nos rangs les bonnes personnes pouvant nous accorder aisément quelques longueurs d’avance sur des tas de compétiteurs étrangers – mais nous tardons à vraiment nous en rendre compte.

    C’est du moins ainsi que je perçois la situation actuelle.

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