16 janvier 2010 17h28 · Claude Perrier
Éparpillement. Voilà ce qui constitue l'envers de la médaille de cette course technologique effrénée au milieu de laquelle nous virevoltons, bien malgré nous, d'un bidule à un autre. Nos repères sautent les uns après les autres. À peine commençons-nous à devenir un peu familier avec une nouveauté donnée que déjà celle-ci se trouve reléguée aux oubliettes par une nouvelle fureur.
La machine s'est – à l'évidence – emballée. Plus personne ne contrôle quoi que ce soit. La manette progrès a été enclenchée au niveau overdrive et les circuits surchauffent et fument… Mais aucun ralentissement en vue. La cadence augmente encore et encore, et la vitesse est rien de moins qu'infernale.
Mais est-ce bien du progrès que tout ça?
Cela fait un bon moment que la notion de progrès retient mon attention. Déjà, j'écrivais dans l'avant-propos d'un livre que j'ai fait paraître en 1988 (aux Publications Transcontinental) ces deux petites phrases révélatrices de ma pensée à cet égard:
Le progrès – comme je l'ai déjà écrit quelque part – est une bête qui sévit inexorablement. Il est à la fois l'instrument de notre félicité et celui de notre damnation.
Vingt-deux ans plus tard, je suis toujours aussi partagé quant à ce qu'il faut penser du progrès.
Et un exemple, tout ce qu'il y a de plus banal de nos jours, illustre assez bien mon dilemme: le téléphone cellulaire, cette petite merveille qui devait nous permettre d'aller n'importe où, n'importe quand, sans perdre contact avec qui que ce soit a effectivement tenu promesse. Cette petite chose nous suit à présent n'importe où, n'importe quand, et il n'y a plus moyen d'avoir la paix! Est-ce vraiment là un progrès intéressant – ou, au contraire, une nuisance additionnelle venue s'ajouter à tout ce qui nous embête déjà?
La première décennie du présent millénaire a poussé encore davantage les gaz. Avec pour conséquence qu'aujourd'hui, nous nous demandons très souvent où donner de la tête. Mais demain, nous risquons de ne même plus pouvoir nous poser pareille question car nous pourrions bien être devenus – à force de hausser la dose de progrès injectée dans notre système – un monde effaré de poules sans têtes…