28 juillet 2012 0h48 · Le Cinégraphe
Des assassins qui créent des accidents de toutes pièces, s’assurant de leur plus stricte mise en oeuvre pour que le résultat soit considéré, précisément, comme un accident… Il faut reconnaître que cette idée s’annonce d’une rare efficacité pour un thriller hongkongais intitulé justement Accident (2009) (pour la version anglaise), mais qui avait pour titre Assassins en Chine.
Produit par le célèbre réalisateur de films d’action Johnnie To (Election, 2005), et réalisé par Soi Cheang (Dog bite Dog, 2006), Accident met en scène plusieurs collaborateurs réguliers du producteur dont Louis Koo dans le rôle principal du « cerveau ». Michelle Ye incarne « la femme » et Lam Suet reprend son personnage de « fatty » (qui apparaissait déjà dans certains films de To comme PTU ou Exiled, respectivement sortis en 2003 et 2006).
Ce film où se succèdent des mises en scène complexes d’accidents orchestrées par « le cerveau » prend une toute autre tournure lorsque ce dernier pressent qu’une erreur a été commise par le personnage de l’ « oncle » (Stanley Fung) lors d’une opération qui consistait à se débarasser d’un chef yakuza.
Pendant l’exécution du coup suivant, les choses tournent mal. Certes, l’équipe réussit à mettre en application un plan particulièrement complexe : l’électrocution d’un vieillard en chaise roulante par la foudre, mais « fatty » sera heurté par un autobus. Croyant être la véritable cible de cet accident, « le cerveau » commence à se méfier de son dernier client.
Après le saccage et le vol de son logement, il décide de se lancer seul dans une filature extrêmement minutieuse dont l’issue le détabilisera lui-même. Louis Koo rend interprète ce personnage impassible avec beaucoup de sobriété et de détachement. Il suit irrémédiablement la logique du protagoniste jusqu’au dénouement.
La filature dans laquelle s’engage « le cerveau » donne lieu à de belles séquences où alternent le point de vue du voyeur-espion et les activités douteuses de sa cible au travail et à son appartement. Le réalisateur rythme habilement le suspense du récit en ne révélant que des fragments du mode de vie du suspect surveillé par une longue-vue. Ces scènes d’espionnage ont quelque chose d’hitchcockien, comme si le réalisateur tentait de retrouver l’esprit de Rear Window (1954)
Plus l’intrigue progresse, plus le mot « accident » devient trompeur. « Le cerveau » se prend lui-même au piège d’accidents dont on ne sait plus s’ils sont délibérés ou non. Ici, la définition même de ce qu’est un accident devient problématique… La paranoïa s’ immisce dans le portrait et le moindre mouvement suscite un regard derrière soi, une méfiance à l’égard des anciens « artistes » de l’accident.
On se gardera de résumer la dernière scène car le suspense mérite d’être préservé, mais cette finale s’avèrera lamentablement humaine, trop humaine…
* * *
Accident est un thriller à la fois subtil et imprévisible, dans la même veine que Eye in the sky (2007), un long métrage de filature également produit par Johnnie To et dirigé par Yan Nai Hoi (réalisateur occasionnel et scénariste récurrent pour le précédent). Ces films donnent un bel aperçu du cinéma de genre hongkongais actuel, tant par l’efficacité de leur scénario que par leur réalisation stylisée. Les productions hollywoodiennes du même genre gagneraient à s’en inspirer.