20 juillet 2012 0h42 · Le Cinégraphe
Au terme de la présente édition du festival Fantasia, Takashi Miike aura présenté 25 long métrages et 2 contributions à des projets collectifs dans le cadre de ce rendez-vous de passionnés de cinéma de genre. Il s’agit assurément d’un record pour l’événement qui s’ouvrait hier soir avec la première nord-américaine de For loves sake (2012), une comédie musicale hybride qui promet de faire découvrir une autre des multiples facettes du très prolifique et controversé réalisateur japonais.
Plus attendu encore, son thriller juridique d’anticipation Ace Attorney (2012), sera en salle le 2 août. Avec des personnages qui semblent directement sortis d’un manga, ce film est l’adaptation du jeu vidéo éponyme. Cette année, pas de règlements de comptes entre yakuzas, de bains de sang ou d’horreur stylisée à l’horizon. Du moins, pas autant… Mais la violence promet d’être omniprésente dans ces deux dernières oeuvres proposées au public montréalais.
Les fidèles de Fantasia savent très bien que, dans la plupart des oeuvres du cinéaste, la violence n’est jamais gratuite. Au service d’un humour noir explosif et d’un cynisme consenti, elle sert toujours des fins esthétiques ou parodiques. Tous ses films de yakuzas présentés à Montréal dans le cadre du festival montréalais depuis quinze ans en témoignent. Qu’il s’agisse de Fudoh (1996), Rainy Dog (1997, deuxième volet de la trilogie Black Triad), Dead or Alive 1 et 2 (1999 ; 2000), Ichi the Killer (2001), Deadly Outlaw Rekka (2002) Graveyard of Honor (2002), The Man in White (2003) ou Gozu (2003), le réalisateur japonais excelle dans l’art de mettre la violence en images, sans compromis. S’il semble parfois céder à la complaisance, c’est toujours au profit d’une réflexion sur l’outrance, le délitement des identités ou encore sur le corps et les pulsions.
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Né en 1960 dans un quartier d’Osaka peuplé d’immigrés et d’ouvriers, Miike fait ses premières armes dans l’industrie du V-Cinema (films directement conçus pour le marché vidéo) où il jouit d’une liberté de réalisation qui le conduit à repousser constamment les limites de la représentation. Depuis le début des années 1990, il contribue à remettre en question le portrait idéalisé et mythique du Japon moderne.
Dans Young Thugs (1998), film d’inspiration autobiographique, il retrace la vie d’un jeune homme pour qui la violence est devenu moyen d’expression pour survivre dans un monde urbain hétérogène et incertain où dominent les rivalités entre clans yakuzas.
Depuis quinze ans, l’image crépusculaire du Japon – et, plus largement, celle du monde contemporain – que donne à voir le cinéaste a séduit le public montréalais du festival. Cette histoire d’amour ne relève pas d’une curiosité malsaine. Elle n’a rien non plus de paradoxal car Miike propose des films de genre exigeants et iconoclastes qui dépassent le simple divertissement. Guidé par une volonté d’explorer les limites de son art, il convie le spectateur à une expérience cinématographique inédite qui ne laisse jamais indifférent. Et, manifestement, les montréalais en redemandent!
En 1997, Fantasia présentait Fudoh : The New Generation, premier film de Miike à être présenté en Amérique du nord dans un festival non-asiatique. À partir de 1999, il présente en moyenne deux films par année au célèbre festival. Parmi ceux-ci figurent Audition (F. 1999 ; 1999), Visitor Q (F. 2001 ; 2001), Ichi the Killer (F. 2003 ; 2001) et Gozu (2003), des oeuvres à la fois audacieuses et controversées.
En 2003, Fantasia lui rend hommage et lui consacre une section du festival. Le documentaire Electric Yakuza go to Hell! de Yves Montmayeur qui porte notamment sur l’oeuvre de Miike s’ajoute à trois autres film du réalisateur lors de la programmation du festival en 2007. L’année suivante, le très attendu Suziyaki Western Django dont le prologue donne la réplique à Quentin Tarantino est présenté à guichets fermés. En 2009, les organisateurs de Fantasia décident d’ouvrir l’événement avec Yatterman (2009), une comédie d’action qui demeure l’un des plus grands succès commerciaux de Miike. Trois ans plus tard, la représentation de Ace Attorney (2012) est déjà complète quinze jours à l’avance…
Au départ, le festival Fantasia était plutôt orienté vers le cinéma de genre asiatique. Avec les années, le succès aidant, les organisateurs ont diversifié considérablement leurs sélections, et leur programmation est devenue internationale. Au fond, le festival a un peu la même évolution que l’oeuvre de son réalisateur vedette.
Toujours engagé dans de nouveaux projets, Miike contribue au fil des années à l’élargissement du public de Fantasia. En 2011, on se souvient qu’il présentait simultanément 13 Assassins (2010), une fresque épique dans la tradition jidai-geki (films de samouraï) et le film d’action pour enfants Ninja Kids!!! (2011). D’autres films au programme des éditions précédentes comme The Great Yokai War (2005), un film de fantaisie pour enfants, Zebraman (2004), une parodie de film de super-héros ou encore la comédie dramatique Shangri‐La (2002), confirment également la versatilité du cinéaste.
À ces quelques exemples s’ajoutent plusieurs films expérimentaux comme Visitor Q (2001), Gozu (2003), Izo (2004), Big Bang Love, Juvenile A (2006), des oeuvres inclassables, toutes aussi audacieuses qu’exigeantes. Enfin, Miike est aussi un maître de l’horreur avec Audition (1999), aujourd’hui considéré comme un classique et One Missed Call (2003), un film « J-Horror » pour adolescents. Malgré cette étonnante diversité et cette surproductivité, Miike ne sacrifie jamais la créativité et parvient à s’adapter à un marché fluctuant.
Si ses fans de cinéma de genre regrettent les deux films présentés à Montréal en 2012, qu’ils ne désespèrent pas! En avril 2011, dans un entretien avec Andrew Mack de Twitch Films (Toronto), Miike expliquait que son implication dans des projets différents et variés lui permettait de développer de nouveaux outils qu’il espère pouvoir mettre à profit dans des « films cultes » à venir. C’est ce que nous réserve la programmation des prochaines éditions de Fantasia.
Films de Takashi Miike présentés à Fantasia depuis 1997 :
- 2012 : For Love’s Sake (2012), Ace Attorney (2012)
- 2011 : 13 Assassins (Director’s cut) (2010), Ninja Kids!!! (2011)
- 2010 : Crows Zero 2 (2009)
- 2009 : Yatterman (2009)
- 2008 : Sukiyaki Western Django (2007)
- 2007 : Big Bang Love, Juvenile A (2006), Sun Scarred (2006), Zebraman (2004)
- 2006 : The Great Yokai War (2005), Arthouse Ultraman (2005) (série de science fiction dont 4 épisodes ont été réalisés par Miike)
- 2005 : Izo (2004), Three… Extremes (2004) (film à sketches en trois parties : Dumpling, Fruit Chan ; Cut, Park Chan-wook ; Box, Takashi Miike)
- 2004 : Deadly Outlaw Rekka (2002), Gozu (2003), One Missed Call (2003)
- 2003 : Graveyard of Honor (2002), Ichi The Killer (20o1), The Man in White (2003) et Shangri‐La (2002)
- 2001 : Visitor Q (2001) et Dead or Alive 2 : Birds (2000)
- 2000 : Audition (1999), Dead of Alive (1999)
- 1999 : Rainy Dog (1997)
- 1997 : Fudoh : The New Generation (1996)
À consulter :