24 octobre 2010 10h10 · Charly Bouchara
À propos l'article Voir Carte blanche à Clara Furey
Peut-on critiquer le travail de quelqu'un dont on reconnait cependant le talent? C'est pourtant ce qui me vient sous les doigts, ce matin. Je repense au spectacle de Clara Furey d'hier soir et aucune émotion ne remonte… même si je sais que j'ai assisté à quelque chose d'assez exceptionnel, à une oeuvre d'artiste. Mais était-ce une oeuvre d'art?…je me pose encore la question.
Et pourtant que de travail de la part de Clara Furey et de ses collaborateurs, que d'efforts, que d'artifices, que de gadgets, que de projections, que de raffinements dans les petits détails. Alors que manquait-il pour que la sauce prenne? Un peu de simplicité, un peu de clarté dans le propos? Un peu de tendresse – malgré la sensualité qui ne manquait pas ni les gestes érotiques — un rien de complicité avec le public — les jeunes artistes semblent parfois l'oublier celui-là! – surtout dans ce 4-sous où on est si proches de la scène que l'artiste pourrait nous murmurer à l'oreille s'il le voulait… alors quelques mots pour briser la glace, pour nous dire je sais que vous êtes là, je tente quelque chose, je suis dans l'expérimental et je vous demande d'essayer de me suivre. Au lieu de cela, on reste dans le cérébral jusqu'à la dernière minute. Même le salut final transpirait l'exaspération. Il n'y a d'ailleurs pas eu de rappel, ni de demande de rappel! Chaque artiste a droit à sa démarche, mais mieux vaut du broche-à-foin chaleureux que de l'impeccable froid comme la mort…
À moins que cela fut voulu? Car Éros y cotoyait Thanatos et je reconnais que la dimension corrida du spectacle — dans le costume, les ballets filmés, les projections de cette ''matadora'' ou le duo avec une jeune comédienne dont il a fallu aller chercher le nom dans le programme parce que miss Furey ne l'a pas nommée — m'a séduit.
À noter une chose étrange… à la 3e chanson lorsque Clara s'est assise au piano, dos au parterre, je me suis mis à penser que si cette jeune femme avait vécu dans le Paris de 1850, elle aurait été à l'aise dans les bistrot parisiens, fumant le cigare, entretenant son spleen à coup de pipes d'opium, habillée à la garçonne et fréquentant Rimbaud et Verlaine… Clara Furey finit sa chanson, se lève… et commence à dire «Mon rêve familier» de Verlaine!! texte qu'elle reprend en le chantant quelques secondes plus tard (musique de Ferré, au fait).
Ce fut avec la chanson de Barbara (déconstruite) qui clôt la soirée, les seules deux propositions en français…dommage, dommage. Et je suis certain de n'être pas le seul à le penser, de ce public du Quatre-Sous largement, mais alors très largement francophone.
Alors? Je ne vous déconseille absolument pas d'aller l'écouter et la voir. C'est une vraie artiste encore en éclosion qui mérite le détour. Nous y sommes allés hier soir parce que nous avions en mémoire la prestation époustouflante de Clara Furey « Dans les Charbons » dont elle avait co-écrit la musique. Je crois que je retournerai l'entendre pour un spectacle en français. J'espère que d'ici là, quelqu'un ou quelqu'une lui aura appris qu'un sourire vaut mille mots…