21 juin 2010 13h59 · Charly Bouchara
Si l’interview de Zemmour est éclairant, dommage que l’on n’y approfondisse pas les notions d’«intégration» et d’«assimilation» qui font bondir les adeptes du multiculturalisme ou les néo-défenseurs d’un relativisme culturel bon teint, comme si par essence ces mots-là étaient sales et nauséabonds, alors qu’il serait, au minimum, approprié d’en parler.
Malgré les procès injustes en xénophobie instruits contre Zemmour en France, je ne peux pas dire que j’aime le bonhomme, mais cet interview devient foutrement intéressant si on le place en parallèle avec le commentaire de JS Baribeau. Parce qu’il nous concerne au quotidien, nous qui ne sommes pas des vedettes du petit écran comme Zemmour, mais simplement des citoyens québécois qui s’interrogent devant des enseignants affichant des signes convictionnels ou d’autres qui se demandent s’ils cauchemardent en lisant la chronique d’une journaliste (Michèle Ouimet, La Presse 6 mars 2010) qui trouve très amusant de se faire donner une leçon de voile intégral par une hystérique de la soumission : « Comment fait-on pour manger avec un niqab? – C'est tout un art, répond-elle en riant. Il faut soulever légèrement le voile pour laisser passer la fourchette. » Un jour, peut-être soeur Ouimet essaiera-t-elle la lapidation, l'excision, la polygamie ou le mariage forcé?
Le texte de Baribeau illustre fort bien la situation tragi-comique dans laquelle se trouvent plongés des gens de gauche, progressistes, laïques, démocrates qui refusent d’avaler les couleuvres des bien-penchants droitsdelhommistes de chez nous — que certains, ailleurs, qualifieraient d’idiots utiles de l’islamisme… Des naïfs drapés dans un manteau de bons sentiments qui lancent des imprécations de racisme, de xénophobie, d’islamophobie à tous ceux qui remettent en question des modèles de vivre-ensemble qui passent par l’acceptation invivable d’un droit à la différence qui devient une différence des droits. D’où des commentaires comme celui de M. Baribeau, tenu de prendre une foule de précautions oratoires pour énoncer des arguments qui ne demanderaient pas d’enfiler des gants s’ils concernaient une idéologie religieuse chrétienne ou «occidentale» (la partie de son commentaire sur l’islam) ou un incivisme auvergnat (épisode Côte-des-Neiges). Surtout ne pas risquer de « stigmatiser »!Mais, comme Baribeau sur un plan ou comme Zemmour sur un autre, je constate tous les jours qu’il est très difficile de parler de l’islam politique et de ses dérives obscurantistes et intégristes, et donc de critiquer la religion musulmane dans ses manifestations vestimentaires et ostentatoires, sans se faire soupçonner d’être un nouvel adepte du KKK ou un disciple de Le Pen. Il y a quelques jours, le philosophe Michel Onfray déclarait « L'islam est un problème. Si vous lisez le Coran, si vous lisez la vie du Prophète ou les hadiths, on n’est pas du tout dans une logique républicaine, mais misogyne, phallocrate. » Il enfonçait même le clou : « On n’est pas dans une logique cosmopolite, on est dans l'antisémitisme. On est dans la haine de l'étranger. On n’est pas dans une logique pacifiste, on défend la peine de mort, on défend l'égorgement des infidèles. »
Comme le souligne à juste titre Zemmour, la plupart des musulmans choisissent de prendre leurs distances à l’égard de la lettre du Coran, comme c’est le cas pour des millions de fidèles de la plupart des religions. Mais alors, pourquoi au Québec doit-on prendre des gants pour dire aux tenant(e)s de l’uniforme islamiste d’aller accrocher leurs voiles au vestiaire?
Histoire de ne pas être trop hors-sujet, je reviendrai aux «accommodements raisonnables» – dévoyés par les religieux – en citant des femmes algériennes qui écrivaient, l'an passé, dans une lettre ouverte à certaines féministes occidentales sauce Québec Solidaire : « vos regards se détournent de nous, vos mains se tendent vers celles et ceux qui nous ont obligées à l'exil. Votre fascination va vers ceux qui placent les lois divines au-dessus de tout. » Elles appelaient à empêcher « que les règles communautaristes ne redonnent sa place au patriarcat », pronant « une démocratie où la laïcité fondamentale permet que s'épanouisse la liberté de matérialiser des rapports humains dans un monde vivable pour toutes et tous. »
PS : j’espère ne pas avoir étiré la pensée de M. Baribeau au-delà de ce qu’il voulait exprimer… ! et j’espère, comme lui, ne pas me faire traiter de raciste, alors que mes origines et ma vie m'ont à jamais vacciné contre ce délit…ma'as salama…
Monsieur Bouchara, j’ai été très impressionné par votre texte qui soulève des questions d’un grand intérêt. Votre analyse est éclairante et éclairée. Et vous n’avez pas étiré la question au-delà de ce que je voulais expimer!
Au plaisir!
JSB