24 février 2010 9h43 · Charly Bouchara
À propos l'article Voir Homo Faber
Déconcertant, certes, mais époustouflant! Merci monsieur Voir pour la paire de billets qui ne sont vraiment pas tombés dans l'oreille d'un aveugle et qui nous ont permis, en cet fin d'hiver glauque, de plonger dans un univers tout aussi glauque, la passion du théâtre en plus… S'asseoir devant Homo Faber de la troupe Parabolik Guérilla Théâtre, c'est presque se mettre temporairement en danger, car ça secoue! Mais n'est-ce point là une des raisons d'être du théâtre, remuer un brin nos neurones assoupis? Sur la carte de présentation de ce spectacle, les comédiens sont qualifiés de «performeurs», car il s'agit bien ici d'une performance plus que d'une «pièce»…la distinction commençant au niveau du texte qui est minimal…je ne pourrai plus jamais entendre de la même façon le mot «dilatation». Chapeau d'ailleurs à ces 3 comédiennes et à leurs 2 complices masculins. Travail des corps très exigeant, pantomime extrême, le «jeu» sur la scène s'apparente plus à la danse moderne qu'au théâtre classique.Je vous suggère d'aller sur le site http://parabolikguerilla.com/ pour visionner un extrait de l'Homo Faber, parce que, soyons honnêtes, certains vont détester ça… Les autres vont jubiler d'angoisse tout au long de ce poème visuel, bruité et musicalisé à la scénographie très inventive : « Combinant poétiques corporelles et nouveaux médias, il articule une sémantique globale qui implique lumière, son, corps et concepts en un seul geste continu », nous dit la troupe.Difficile donc, de résumer cet Homo Faber qui, s'il ne laisse guère de place au bonheur de vivre et à l'espoir en un meilleur des mondes, est ponctué d'humour noir et de traits «gore»… les références cinématographiques et picturales n'ont cessé de me traverser l'esprit pendant les presque deux heures que dure le spectacle. On pense aux Temps Modernes d'un Chaplin noir et pervers, au Métropolis de Fritz Lang, à Brazil (1985) de Terry Gilliam (et donc forcément à 1984 d'Orwell), aux bandes dessinées de Enki Bilal (la Trilogie Nikopol) mais également à ses films (Bunker Palace, Immortel)… La dimension surréaliste, onirique et iconoclaste de HF me rappelait étrangement Luis Bunuel (les scènes de «repas» du début). J'ai voyagé également par la pensée dans des toiles de Francis Bacon, Egon Schiele, Edvard Munch…et même dans les dessins de Robert Crumb!Avons-nous passé une excellente soirée? C'est peu dire. Tenons-nous à remercier tous ces artistes pour leur don de soi? Oui. Je me serais bien levé, hier soir, pour vous applaudir debout, mais j'étais scotché à mon fauteuil. Tout seul devant mon moniteur et dans mon plus simple appareil (je sors de la douche), je vous ovationne donc de tout mon coeur. Merci les artistes!