14 novembre 2009 14h48 · Charly Bouchara
À propos l'article Voir Bori
Si c'était Fête au cimetière hier, en finale de Bori, seul avec son piano à bretelles dans un non-rappel tout de même salué par deux ovations, ce fut fête au Cabaret juste pour rire tout au long d'une soirée tellement….boriesque.
Ceux qui l'écoutent depuis quelques lustres n'ont pas été étonnés que son spectacle n'ait abordé Fous les canards que de façon anecdotique avec trois chansons (quatre?) de ce récent album. Conquis d'avance, nous y étions ma blonde et moi dans une salle bondée d'inconditionnels. Totalement à l'aise de nous regarder en pleine face, l'ex-ombre s'amuse visiblement d'en être sorti, commençant même son spectacle dans la dégaine d'un robineux clownesque qu'observe du coin de l'oeil le masque de cuir du Bori d'avant la lumière.
Soirée boriesque, donc, par le prologue en forme de piscine de canetons et l'arrivée du clown de toujours à travers le zipper d'une valise oubliée sur scène… par la place accordée au jeu du corps, par la complicité non feinte avec ses musiciens (incroyables JF Groulx et Christian Frappier, bassiste qui nous a surpris, disons-le, dans Toute ta lettre), par l'humour décalé ou l'ironie sombre de certains textes (Hisser haut)… par l'alternance de chansons d'une tristesse profonde et d'autres au cynisme mordant (Noël) ou à la truculence gaillarde (Ti-Cul)…. par la touche « petit cirque de village», avec l'unicycliste-jongleur Luc Tremblay, soigneusement dosée et qui fait qu'un spectacle de ce saltimbanque des mots est toujours un voyage dans un univers poétique pas mal différent de ce que nos oreilles aïepeaudisées consomment au quotidien. Sorti de l'ombre depuis peu, Bori est allé y chercher certaines de ses plus belles anciennes (déjà!) tounes…Cyrano, Les choses, Grande-Vallée .. et c'est tant mieux pour ceux et celles qui le découvraient pour la première fois. Il a également repris cet impossible rapprochement de deux textes de Ferré et Brel qui ne sera sans doute jamais sur CD…qu'on se le dise. Bori est d'ailleurs retourné derrière sa lune d'antan pour cet hommage aux deux grandes voix.
Pas objectif pour deux sous, le mec! Je confesse. Full anonyme que je suis, j'ai eu la chance de co-écrire une toune de Nous les Cafards…euh, Fous les Canards… je me contenterai donc de citer quelques remarques glanées dans les conversations de nos voisins de rangée, avant et après ce spectacle paraskevidékatriaphile…«respectueux de son public», «il nous fait travailler l'intellect» (!), «son meilleur spectacle», «c'tu assez un pouètte à ton goût?» , «pi? As-tu pleuré À l'arraché?», «vraiment à part», «les Français vont nous l'voler, certain!», «généreux», «complexe et pas compliqué»!!!!…Alors, faites plaisir à vos oreilles en allant voir (ou à vos yeux en allant entendre) ce poète musicien touchant, iconoclaste, drôle, humaniste, acerbe (Vos papiers), les pieds sur terre (C'est mon métier) et la tête dans les nuages de son monde poutt-poutt où les canards sauvages ne sont pas des enfants du bon dieu...